Yannick Lahens
Editeur : Sabine Wespieser Réserver ou commander
Yanick Lahens nous raconte avec une rare intensité le parcours d’Elizabeth et Régina, deux destins au sein d’une lignée de femmes fortes, courageuses, prises dans les tourments de l’Histoire, malmenées par la vie et par les hommes. Elizabeth grandit à la Nouvelle-Orléans au début du XIXe siècle. Sa grand-mère était esclave à Haïti et avait suivi son maître sur le continent américain après des émeutes sur l’île, emmenant avec elle leur fille. Affranchie, elle était devenue une commerçante reconnue et respectée. Mais la cruauté des hommes n’en avait pas fini avec elle et c’est sur sa petite-fille qu’elle allait s’exercer. Montrant la même ténacité que son aïeule, Elizabeth ne s’est pas laissé faire et se retrouve contrainte de quitter sa famille et sa ville. Elle choisit de retourner à Haïti, près de ses racines. Son fils y épousera Régina dont la vie fut marquée par la violence et la pauvreté mais qui, toujours, réussi à chercher une lumière, un espoir, un chemin vers le bonheur. Elle finira par le trouver en épousant Léonard Corvaseau. Yanick Lahens rend un vibrant hommage aux femmes dans ce roman bouleversant.
Irene Vallejo
Traduit de l'espagnol par Bernadette Engel-Roux
Editeur : Albin Michel - Les Belles Lettres Réserver ou commander
Dans ce premier roman (paru en espagnol en 2015), Irene Vallejo, l'autrice de "L'infini dans le roseau", réécrit l'Énéide dans un fabuleux roman choral. Ainsi Énée le prince rescapé, Elissa (l'autre nom de la reine Didon), Ana et l'espiègle dieu Eros redéroulent le fil de cet immense classique. Virgile aussi intervient, pris de doute face à l'immensité de la tâche imposée par Auguste : écrire une épopée à la hauteur de "L'Odyssée". Epique et intime, "Carthage" est un grand roman où amour, exil et aventures se mêlent dans une ambiance historique qui n'a rien perdu de son actualité.
Adrien Genoudet
Editeur : Seuil Réserver ou commander
En héritant d'un mystérieux habit traditionnel indochinois et une boite d'anciennes lettres portant la mention "Nancy-Saïgon", le narrateur de ce roman plonge dans l'histoire de Paul et Simone, un couple qui se rencontre après la guerre. Leur vie à deux commence à peine que Paul est envoyé en Indochine alors que sa femme reste en France pendant que son ventre s'arrondit. Leur amour se poursuit dans les lettres qu'ils s'écrivent. Superbement écrit, à la fois lyrique et brutal, ce roman révèle les compromissions du passé colonial, l'horreur ordinaire d'une guerre et la folie des hommes.
Un livre qui vous happe et vous retourne.
Kaouther Adimi
Editeur : Stock Réserver ou commander
Dans un récit vaporeux et grave, Kaouther Adimi investit durant une nuit l’Institut du Monde arabe pour raconter la vie de Baya, peintre algérienne prodige, célébrée par Matisse et Picasso. L'artiste va très vite devenir la colonne vertébrale d’un autre texte, celui que l'autrice doit exhumer avec douleur de sa propre mémoire hantée et défaillante : le retour de sa famille dans l’Algérie violente et sanglante de 1994, moment de sa vie qu’elle a toujours soigneusement contourné. Styx impossible à franchir, mots et images lui faisant défaut. Comment dire, adulte, la terreur, le sang, le terrorisme, les faux barrages, les explosions, les mitraillettes, les maux de ventre, la menace tout le temps, la menace partout alors qu’elle avait huit ans ? Et ces images floues dont elle peine à se souvenir et donc à s’en remettre ? « La joie ennemie » sans cesse, dialogue avec les doutes, les questions, la déformation, inévitables. Kaouther Adimi est saisie par l’horreur et l’impossibilité de s’en défaire, parfois même à la formuler, réduite à douter ou faire douter de leur propre existence. Le réel et la fiction (car se souvenir ou imaginer une réalité, n’est-ce pas déjà le tissu d’une fiction?) se superposent dans la narration, offre des lectures palimpsestes. Paradoxalement, l’écriture au fil des pages, s’écoule, claire, descriptive, introspective, très musicale. L’écriture chemine, s’ouvre, comme les fleurs peintes par Baya, et on accède alors à une sorte de lyrisme poignant.
Dans ce texte, il y a de superbes motifs, celui de la verticalité : elle plonge symboliquement dans un puits pour excaver les traumatismes mais monte au grenier (un vrai) pour se trouver elle-même (lieu des archives). Il y a les couleurs : le rouge du sang, la mémoire blanche, les rêves gris, mais aussi le bleu d’une robe ou d’une peinture, la lumière d’une amitié. Il y a le mouvement : Kaouther Adimi court pour fuir, ne tient pas en place, bouge pour écrire, est ailleurs et en cela ses phrases, infiniment se déplient.
Ce qui touche particulièrement dans ce texte, c’est sans doute son honnêteté qui se meut presque parfois en douce fermeté, en autorité cristalline « je voulais écrire un texte sur elle [Baya] et pourtant je n’écrivais que sur moi ». Elle affirme que quelque chose en elle bouge et tremble, elle affirme qu’une archive mémorielle peut à la fois être réelle et déformée, que les dimensions d’un souvenir sont multiples, que sa lecture de la vie de Baya peut-être différente et vraie.
Et autre bouleversement, un passage précieux : lorsque le père de Kaouther Adimi, face aux reproches de sa fille (de les avoir ramenés dans la guerre) lui répond : « je t’ai offert tout un pays ». Quand on sait à quel point Kaouther Adimi, dans l’ensemble de ses livres, chante l’Algérie, ses douleurs et ses beautés, c’est inoubliable et magnifique.
