Cette année les historiens nous proposent de chausser nos baskets et de partir sur les routes. Ou plus simplement de les accompagner dans leur périple grâce de magnifiques et passionnants ouvrages. Alors, en route !

Les grandes routes de l'histoire de France (Jean-Christophe Buisson, Gründ, 35€) : Jean-Christophe Buisson nous raconte l’histoire de 25 routes emblématiques de l’histoire de France : des Grottes de Cro-Magnon (-55.000) à la Route des Vins d’Alsace (1953) en passant par la Route de Guillaume le Conquérant (1066), les Chemins du Pays Cathare (1209), la Route du Sel en Camargue (1893) ou encore la Voie Sacrée de Verdun (1916).
Le tour de la grande Bourgogne : sur les traces des Téméraires (Bart Van Loo, Flammarion, 35€) : Après le fantastique succès des Téméraires (Flammarion, 2020), Bart Van Loo poursuit son exploration de la fascinante histoire des Ducs de Bourgogne. Il a troqué son costume d’historien pour celui de baroudeur et nous entraîne sur les routes de France, Belgique, et Pays-Bas pour y découvrir, in situ, les décors de ce qui ressemble bien à une saga médiévale.
Méridiens : Mesurer, Partager, Dominer le monde (Fabrice Argounès, Cnrs, 25€) : Dès l’Antiquité, les hommes ont tenté de mesurer la Terre pour la connaître, l’explorer, la cartographier mais aussi la dominer. Le géohistorien Fabrice Argounès raconte les différentes tentatives, depuis les premiers savants de la Grèce Antique jusqu'aux cartographes des Lumières, de la Chine à l’Amérique pour tracer des lignes délimitant des territoires mais aussi la manière dont ces tracés ont souvent impacté la vie des hommes.
Fouiller le passé de sa famille, comprendre son histoire pour mieux appréhender le présent, déterrer les secrets, rétablir des vérités. Nombreuses sont les historiennes, à oser se confronter aux non-dits en menant de saisissantes enquêtes familiales.

La bibliothèque retrouvée : une enquête (Vanessa de Senarclens, Zoé, 20€) : Un meuble à tiroirs renfermant 16.000 fiches recensant des ouvrages anciens, c'est tout ce qu'il reste de la bibliothèque perdue de Poméranie ayant appartenu à la belle-famille de Vanessa de Senarclens. Fondée au XVIIIe siècle, en Prusse, en pleine période des Lumières et transmise de générations en générations dans le château de Plathe, la bibliothèque contenait des trésors inestimables. Elle fut démantelée en 1945 lors de l'invasion de la Poméranie par l'Armée Rouge. L'autrice tente de retracer la genèse de la collection et de retrouver des livres précieux éparpillés aux quatre coins de l'Europe.
Les zones grises : enquête familiale aux lisières du Troisième Reich (Alexandre Saemmer, Bayard, 20€90) : Alexandra Saemmer enquête sur la famille de sa mère, expulsée de Tchécoslovaquie à la fin de la Seconde Guerre car appartenant à la minorité germanophone des Sudètes qui avait massivement soutenu Hitler. Réfugiés en Allemagne, sa grand-mère et ses trois enfants connaissent la faim, la précarité, le rejet. Une enquête difficile sur un sujet longtemps resté tabou.
Le livre d'Alice ou comment les nazis ont volé le livre de cuisine de ma grand-mère (Karina Urbach, Anne Carrière, 23€90) : En 1935, Alice Urbach, alors directrice d'une petite école de cuisine, publie un livre sur la cuisine viennoise qui devient vite un classique. Pourtant, dès 1938, ce même livre est vendu comme étant l’œuvre d'un certain Rudolf Rösch. Quatre-vingt ans plus tard, sa petite-fille Karina Urbach, historienne, tente de reconstituer le parcours d'Alice, de ses deux fils et des
autres membres de sa famille.
De beaux livres d'Histoire, richement illustrés, aux thèmes passionnants....
de quoi trouver l'idée-cadeau parfaite pour les passionnés.

L'histoire de l'homme : comprendre l'humanité à la lumière de la science (Collectif, National Geographic, 29€95) : Mêlant approches historique et scientifique, l’ouvrage retrace l’histoire de l’humanité depuis les premiers hominidés jusqu’au début du XXIe siècle en mettant en avant l’évolution des civilisations grâce au développement technologique.
La guerre au Moyen Age (Jean Loopez (dir.), Perrin, 35€): Lorsque l’on évoque le Moyen Age, on pense inévitablement aux chevaliers en armure, aux combats épiques, aux guerres interminables. En effet, la guerre est omniprésente dans l’histoire de ce long millénaire. En quatre grandes parties : Guerres et Batailles, Les Armes, Les Guerriers et Du côté de l’Asie et grâce à une abondante iconographie, cet ouvrage nous brosse un portrait complet des armées médiévales en Occident comme en Orient.
Les Empires anciens (Marie Favereau (dir.), Perrin, 35€) : Couvrant l’histoire de 25 empires anciens, de l’Antiquité aux premières heures des Temps Modernes, ce magnifique ouvrage, richement illustré de dessins, photos et cartes, propose une synthèse historique actualisée, enrichie des nouvelles découvertes archéologiques, de l’exploitation de sources inédites et d’une vision pluridisciplinaire. De la Mésopotamie aux Empires Chinois, de Byzance aux Omeyyades, en passant par les Empires Africains, les Mongols ou encore les Mamelouks, laissez-vous guider dans cette exploration des Empires anciens.
Découvrir des civilisations anciennes, des mondes nouveaux, comprendre les interactions commerciales, intellectuelles ou artistiques entre les peuples tel est le défi de ces trois ouvrages.

Les mondes du Nord : de la préhistoire à la fin de l'âge viking (Collectif, Tallandier, 29€90 ) : Le regard des historiens sur l’Europe s’est longtemps focalisé sur la Méditerranée. Cet ouvrage veut proposer une autre vision, mettant l’accent sur les peuples du Nord : du Groenland à la Baltique, des lochs écossais aux côtes normandes. Marins, marchands, artisans, qu’ils soient
Angles, Pictes, Samis, Finnois ou Celtes, découvrez toutes l’originalité et le dynamisme de ces peuples du Nord dans cette somme passionnante.
Les Nabatéens : De Pétra à Al-Ula, les bâtisseurs du désert (Christian-Georges Schwentzel, Tallandier, 27€90) : Tout le monde connaît le majestueux site de Pétra dans l’actuelle Jordanie, mais rares sont ceux à connaître l’histoire des Nabatéens, bâtisseurs de cette cité. Ils étaient pourtant à la tête d’un riche et puissant royaume, véritable plaque tournante du commerce des épices et de l’ivoire, situé sur les routes caravanières reliant l’Inde au golfe de Naples. L’auteur nous raconte la fascinante histoire de ce peuple particulièrement ouvert sur le monde.
L'illusion d'un monde commun : Tahiti et la découverte de l'Europe (Antoine Lilti, Flammarion, 23€90) : Ils s’appelaient Ahutoru, Mai, Pautu, Tupaia ou Hitihiti. Natifs de Polynésie, ils ont embarqué sur les navires européens venus explorer le Pacifique. Ils ont débarqué à Paris ou à Londres, été présenté aux Cours Européennes. Antoine Lilti revient sur le parcours étonnant de ces hommes découvrant l’Europe des Lumières, sur la curiosité et parfois la crainte qu’ils ont suscités, sur le regard qu’ils portaient sur notre monde occidental.

La maison vide (Laurent Mauvignier. Editions de Minuit, 752 pages, 2€) : Le prix Goncourt 2025 est un roman dense, puissant, d’une richesse inouïe. Il faut se laisser emporter par cette immense fresque familiale, qui explore les non-dits et les traumatismes qui traversent les générations. En partant de quelques objets qui restent dans la maison de famille, Mauvignier redonne vie aux personnages de son arrière-grand-mère et de sa grand-mère, restitue les époques, recrée tous les mouvements du coeur, les blessures intimes, au gré de phrases longues, enveloppantes qui épousent toute la complexité des êtres et des existences. Un chef d’oeuvre.
Voyage voyage (Victor Pourchet, Gallimard, 192 pages, 20€) : Echappez-vous avec Marie et Orso, un couple qui fait face à une grosse déception et qui décide, pour briser sa peine, de partir sur les chemins de traverse, à travers les endroits les plus improbables de France. Un road-trip loufoque et poétique et une merveilleuse histoire d’amour. Une fraîcheur, drôlerie et une tendresse qui font du bien.
Les ombres du monde (Michel Bussi. Les presses de la Cité, 573 pages, 23€90) : Au cœur de cette fiction à l’intrigue implacable, la guerre du Rwanda et son cortège de blessures intimes. Remarquablement documenté, Michel Bussi, en grand maître du suspense, en tire un roman passionnant, aux multiples rebondissements, qui aide à comprendre la grande Histoire.
Légitime violence (Marc Dugain. Albin Michel, 247 pages, 22€) : S’inspirant librement du personnage de la Brinvilliers et de l’affaire des poisons qui secoua la cour de Louis XIV, Marc Dugain nous offre un roman brillant, empli de complots et intrigues qui met en lumière la condition des femmes à cette époque et la mécanique du pouvoir.

Lequel de nous portera l’autre (Violaine Lison. Esperluète, 158 pages, 22€) : Violaine Lison reçut il y a une dizaine d’années d’un ami les carnets d’un brancardier de la Grande guerre, carnets conservés dans la famille précieusement. Frappée par la beauté de l’écriture de ce jeune homme, sensible à la beauté de la nature tout en étant horrifié par le désastre de cette guerre, l’autrice va alors tenter d’en savoir plus sur ce Léonce Delaunay et c’est une enquête pleine de découvertes surprenantes qui l’attend. Prenant conscience que le carnet est une copie faite par un ami de Léonce, elle va retrouver la plupart des originaux et repérer des discordances entre les deux versions, qui laissent entrevoir un secret.
En alternant les passages de Léonce et ses propres mots, Violaine Lison tisse un admirable récit dans lequel leurs deux voix se répondent à travers les époques. Superbe
Quitter la vallée (Renaud de Chaumaray, Gallimard, 206 pages, 20€) : Trois histoires se croisent, avec comme décor la vallée de la Vezère, au cœur du Périgord, haut-lieu de l’art rupestre : Clémence et son fils y fuient la violence d’un père ; Fabien, spéléologue amateur, emmène sa fille dans une grotte qu’il pense être le premier à découvrir; Guilhem, agriculteur à la vie dure rencontre une touriste.
Au cœur de ce lieu minéral, au passé millénaire, l’intrigue va relier ces histoires, dans un enchainement diabolique et totalement imprévisible.
Le Désir dans la cage (Alissa Wenz. Les Avrils, 288 pages, 22€10) : Un très joli livre qui retrace la vie de Mel Bonis, compositrice oubliée qui a croisé la route de Debussy, César Franck. Très tôt, la jeune Mélanie montre des dispositions exceptionnelles pour le piano et pourra rejoindre le conservatoire où, bien que femme, elle est acceptée en classe de composition. Elle signera ses premières œuvres d’un nom d’homme. Mais dans son milieu, en ce temps-là, une femme ne choisit pas, ni sa carrière, ni son mariage, et sa famille la contraindra à une union avec un riche industriel. Avec sensibilité, A. Wenz nous fait vivre le très beau parcours de Mel qui subit les conventions de l’époque mais ne renonça jamais à sa passion pour la musique.
Gabriel’s Moon (William Boyd. trad. de l’anglais par Isabelle Perrin, Seuil, 354 pages, 23€) : Gabriel Dax, écrivain voyageur, a l’occasion, un peu par hasard, d’interviewer Lumumba, lequel se sait menacé et lui dit connaître les commanditaires de ce meurtre annoncé. Quelques jours plus tard, celui-ci est en effet assassiné. Dès lors, ils seront plusieurs à vouloir récupérer les bandes du dernier enregistrement de l’homme politique.
C’est avec une douce ironie que William Boyd nous entraîne à la suite de son héros mélancolique, sensible et un rien désabusé, qui se voit embarqué malgré lui dans le jeu dangereux de l’espionnage. Loin des rebondissements spectaculaires, l’intrigue, feutrée, parsemée de faux-semblants et de trahisons, est parfaitement maitrisée. C’est fin, brillant, élégant. Du grand art !

L’oreille absolue (Agnès Desarthe. Ed. de L’Olivier, 138 pages, 19€50) : Un très court roman qui pourtant fait scintiller les trajectoires de nombreux personnages, le temps d’une journée d’hiver, dans un village normand. Le lien ? Tous font partie de l’harmonie municipale. Et c’est tout l’art d’Agnès Desarthe de faire résonner les destins singuliers en une musique qui unit par-delà les différences. Un conte de Noël léger, joyeux, qui a la grâce.
La pommeraie (Peter Heller, trad. De l’anglais (E.U.) par Céline Leroy, Actes Sud, 258 pages, 22€50) : Faith, 6 ans, et sa mère, traductrice de poésie chinoise, quittent la ville et une carrière universitaire pour reprendre une pommeraie dans les montagnes du Vermont. Les conditions sont précaires mais leur cabane est pour elles un refuge et la petite fille s’y sent reine en son royaume. Un pur joyau de délicatesse et de douceur sur le lien unique et magnifique d’une mère et sa fille, au coeur d’un paradis sauvage.
M comme Maraviglia (Aurora Tamigio, trad. de l’italien par Samuel Sfez, Calmann-Levy, 23€) : Dans cette grande saga historique qui traverse le vingtième siècle, nous ferons connaissance avec trois générations de femmes de la lignée des Maraviglia en Sicile. Il y a d’abord Rosa, femme de tempérament qui lutte seule pour subvenir aux besoins de ses enfants pendant la seconde guerre mondiale ; ensuite sa fille Selma, timide et effacée, puis ses propres filles aux trajectoires si différentes et pourtant tellement soudées.
Une fresque passionnante aux personnages intenses et attachants, en quête de liberté.
Les fleuves du ciel (Elif Shafak, trad. de l’anglais par Dominique Goy-Blanquet, Flammarion, 503 pages, 24€) : Du Londres de 1840 à la Turquie de 2014, d’un jeune imprimeur à une jeune fille yézidie, des rives de la Tamise à celles du Tigre, c’est à la richesse des sujets que se manifeste tout le talent de conteuse de Elif Shafak. Avec l’image de l’eau qui traverse le livre, la romancière turque entremêle plusieurs destins, lieux, époques pour aboutir à un roman ambitieux, généreux, profond sur l’amour et la perte, l’exil et la transmission.

Le vieux qui lisait des romans d'amour (Luis Sepulveda, illustré par Joanna Concejo. Editions Tishina, 29€) : Coup de coeur pour cette superbe édition du texte majeur de l'écrivain chilien, Luis Sepulveda magnifié par les dessins à la mine de plomb et aux crayons de couleur de l'illustratrice Joanna Concejo qui rendent palpable l'Amazonie, la forêt luxuriante et l'ambiance onirique de cette fable humaniste sur la sauvagerie des hommes face à la nature. Et Antonio José Bolivar, simple, juste et tolérant, rare homme à respecter ce qui l'entoure et à ne pas chercher à l'asservir ou le tromper, est un personnage inoubliable. Splendide !
Ode à l'émerveillement (Caroline Pauwels. Illustrations et poèmes de Gerda Dendooven et Bart Moeyaert. Traduit du néerlandais par Guillaume Deneufbourg et Daniel Cunin. Editions Racine, 22€50) : Caroline Pauwels, ancienne rectrice de la VUB, lance un appel passionné pour que nous retrouvions le regard que, pendant l'enfance, nous posions sur le monde. Dans le domaine de la science, dans celui de l'art, mais aussi dans les petits et grands moments du quotidien. C'est un appel vibrant à cultiver la beauté et la curiosité, à retrouver la spontanéité de nos jeunes années. Ne jamais se blaser, retrouver l'innocence en ouvrant véritablement les yeux, en parlant à l'autre, en approfondissant réellement un sujet, en posant des questions, tels sont les conseils à la fois légers et joyeux de ce petit ouvrage précieux.
L’incident d’Helsinki (Anna Pitoniak, trad. de l’anglais (E.U.) par Jean Esch , Gallimard, Série Noire, 428 pages, 21€) : Un individu se présentant comme un officier du GRU (service de renseignement russe) débarque à l’ambassade des Etats-Unis à Rome et avertit du meurtre prochain d’un sénateur américain. Le lendemain, au Caire, ce dernier meurt d’un arrêt cardiaque assez suspect. Amanda Cole, agent de la CIA, récupère alors les dossiers du défunt évoquant la mainmise de Moscou sur les mouvements boursiers. Autre élément troublant : le nom de son propre père y apparaît également
Pour les amateurs d’intrigues complexes à double ou triple tiroir, cet excellent roman d’espionnage avec ce qu’il faut de complots, assassinats, doubles jeux, ausculte les ramifications insoupçonnées du monde de la finance sur la géopolitique.
Cache-Cache (Soren Sveistrup, trad. du danois par Caroline Berg, Albin Michel, 25€): Ça commence par une innocente et mystérieuse comptine : “Un deux, on va jouer à un jeu”. La suite se révélera moins joyeuse, voire tout à fait effrayante. Le jeu de cache-cache prendra des allures macabres et le duo d’inspecteurs, dans un contre la montre éperdu pour sauver une victime, fera face à une enquête à haut risque.
Un thriller pour les amateurs de sensations fortes, angoissant mais addictif en diable.

La station (Jakub Szamalek, trad. du polonais par Kamil Barbarski, Métailié, 23€) : Lucy se prépare à embarquer sur la fusée Soyouz avec ses deux collègues russes pour rejoindre la station spatiale internationale, créée dans l’optimisme du dégel des relations est-ouest après la guerre froide. Le séjour sur la station est millimetré, il n’y a pas de temps morts, d’espaces de liberté, d’improvisations. Mais une hausse du taux d’ammoniaque à l’origine inexpliquée va dérégler cette belle mécanique et faire encourir aux astronautes un danger mortel.
Un huis clos implacable, très vraisemblable et réaliste, au coeur de cette station spatiale, où les incidents se multiplient, les tensions montent, les soupçons aussi, révélateurs des tensions géopolitiques de notre époque. Passionnant et éclairant.
Baignades (Andrée A. Michaud. Rivages, 237 pages, 21€) : Tout commence pourtant bien pour Max, Laurence et leur fille Charlie dans ce camping au bord du lac. Mais après un événement anodin, ce séjour idyllique vire peu à peu au cauchemar. Des années plus tard, lors de retrouvailles familiales, le passé ressurgira ...
On retrouve dans ce roman tout l’art de la romancière québécoise pour faire monter l’angoisse et l’étrangeté.
La cinquième femme (Maria Fagyas, trad. de l’anglais par MArie-Caroline Aubert, Gallimard, Série Noire, 14€) :Paru initialement en 1964, ce roman nous mène au coeur de l’insurrection en Hongrie à l’automne 56. Les émeutes et leurs terribles répressions plongent les rues de Budapest en plein chaos. Les cadavres jonchent les rues et il faut l’oeil exercé de l’inspecteur Nemetz pour aviser le corps d’une femme menacée venue au commissariat peu de temps auparavant. Cet enquêteur solitaire, bourru et néanmoins humain, voudra retrouver coûte que coûte l’assassin de cette femme, malgré la répression dramatique qui fait rage à Budapest. Une pépite restituée aujourd’hui dans sa version intégrale.

Plus loin qu’ailleurs (Chabouté, Editions Vents d’Ouest) Voilà un roman graphique qui nous parle d’évasion, de solitude et de rêves silencieux. A travers le parcours d’Alexandre qui devait voyager jusqu’en Alaska et qui finit immobilisé à hôtel, Plus loin qu’ailleurs dit magnifiquement le regard que l’on porte sur les gens et les choses, et évoque notre sens de l’observation, notre écoute.... « Partir en restant »... le premier voyage n’est-il pas d’abord intérieur ?
La nuit retrouvée (Pénélope Bagieu et Lola Lafon. Editons Gallimard BD) : Au coeur de la forêt des Landes, dans l'intimité d'une nuit d'été, une mère de famille, la cinquantaine, confie à sa fille un secret... Sensibilité, finesse psychologique, humour tendre... Lola Lafon et Pénélope Bagieu conjuguent leurs talents dans un récit où l'émotion naît de la justesse. C’est chaleureux, généreux, admirablement croqué. On adore !
Danser avec le vent (Emmanuel Lepage. Editons Futuropolis) : Novembre 2022, Emmanuel Lepage embarque pour les îles Kerguelen. Invité par Christophe Guinet, responsable des programmes éléphants de mer, il souhaite rendre compte de leur travail sur place. Pour lui, c'est aussi l'envie de vivre le quotidien de ces reclus volontaires, soudés par la rudesse du climat, et qui inventent d'autres façons de vivre ensemble. Dans de magnifiques dessins qui représentent la nature, les animaux, ou lui-même, le dessinateur nous entraîne dans la vie de chercheurs confrontés à un climat extrême. On apprend beaucoup sur les méthodes de recherche sur le terrain. Splendide.

La guerre des voisins (Mikkho. Editions Dargaud) : Et si l’humanité était un immeuble ? Une bd documentaire malicieuse et intelligente pour mieux nous expliquer la géopolitique. Si vous souhaitez améliorer votre compréhension des enjeux actuels (et il y en a !), La guerre des voisins est parfait pour vous ! Très instructif !
Libres d’obéir (Johann Chapoutot et Philippe Girard. Editions Casterman) : Sur un sujet audacieux – le management moderne aurait à voir avec la pensée de l’organisation nazie, cette bd documentaire pose des questions essentielles et nous confronte à la fois à notre époque et à la grande Histoire. En la lisant, vous aurez l’esprit en mouvement et c’est salutaire en 2025 !
Palmer dans le rouge – Une enquête au bord du Médoc (Pétillon et Larcenet. Editions Dargaud) : Chargé de retrouver Bénédicte, l’héritière du domaine viticole Grolo-Laglotte (!!) sur le point d’épouser un riche américain et de renflouer ainsi les caisses familiales, le détective aussi obstiné que maladroit Jack Palmer plonge dans les méandres de la région bordelaise avec ses vins, ses gens au fort caractère. Réjouissante, hilarante et dotée de dialogues brillants, cette BD est un pur moment de plaisir !

La dent : la décolonisation selon Lumumba (Pierre Lecrenier et Nicolas Pitz. Editons Glénat) : La dent retrace le destin tragique de Patrice Lumumba, figure clé de la décolonisation du Congo. Le récit s’ouvre sur un mercenaire belge qui exhibe en 2001 deux dents arrachées de la mâchoire de Lumumba, symbole absolument glaçant d’une histoire coloniale violente. Grâce à une écriture précise et des couleurs lumineuses, cette BD permet d’éclairer cette figure brisée de l’histoire. Passionnant.
Vieille (Delphine Panique. Editions Misma) : Avec « Vieille », on croit suivre l’existence d’une dame très très âgée, sorte de tatie Danielle au caractère bien trempé et puis la poésie, le rêve et les réflexions philosophiques s’invitent dans les pages. La vieille pense à la vie qu’elle a menée, à la mort qui approche, à son corps, au monde qu’elle ne comprend plus et la Bd devient alors douce, tendre et profonde... parce qu’il y aura toujours les rêves d’amour et de voyage, même avant la mort.
La longue route (Stéphane Melchior et Younn Loccard. Editions Gallimard BD) : Le 22 août 1968, Bernard Moitessier et son bateau Joshua s'élancent dans la première course à la voile en solitaire et sans escale autour du monde. Au fil des mois, la solitude, les calmes et les tempêtes malmènent ou exaltent le corps et le moral du navigateur. Entre ciels et mers, l'exploit sportif se mue peu à peu en un voyage intérieur. Ce très beau roman graphique transforme l'épopée solitaire de Bernard Moitessier en une œuvre d'une puissance rare, entre récit d'aventure et quête spirituelle. Adaptée de l'autobiographie culte du navigateur, cette BD n'en fait pas une simple transposition, mais un véritable voyage graphique et intérieur.

Béril en bataille (Adèle Maury. Editions Sarbacane) : Un magnifique récit sur la famille, l’amitié, l’imagination qui soigne et sauve, le temps qui passe, les responsabilités et les choix de vie. Un roman graphique aussi léger que profond. Harmonieux, tendre, c’est un vrai coup de cœur !
La montagne (Valfret. Edtions Fremok) : La Montagne raconte la quête de sens d’un adolescent dans un monde et une famille rurale qui meurent à petit feu, son manque de perspectives dans une société destructrice et autoritaire... Des illustrations somptueuses et un texte d’une qualité inouïe : on adore ce roman graphique qui se balade à travers les paysages, la langue, l’ironie, l’humour et la poésie. Une œuvre singulière !
Les gorilles du Général (Xavier Dorison et Julien Telo. Editions Casterman) : 1959. Dans un contexte politique délétère, le Général de Gaulle est rappelé au pouvoir afin de résoudre « la crise algérienne ». Pour sa protection, il compte sur quatre hommes, qui resteront tout au long de son mandat ses seuls gardes du corps. On les surnomme les gorilles du Général. Mêlant l'intime à la grande Histoire, Xavier Dorison dresse ici le portrait de ces hommes, prêts à tout pour le garder en sécurité. Un formidable thriller politique !

Silent Jenny (Mathieu Bablet. Editions Rue de Sèvres) : Dans un futur lointain, les humains arpentent des paysages stériles à bord de vaisseaux-villages motorisés, appelés des monades, suite à la disparition des insectes pollinisateurs. Jenny vit dans l'un de ces vaisseaux-villages, et est déterminée à collecter les dernières traces ADN d'abeilles dans l'espoir de retrouver le monde d'avant. Une bd futuriste ample et dense pour mieux mettre en lumière nos préoccupations environnementales d’aujourd’hui.
Soli Deo Gloria (Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour. Editons Dupuis) : Jumeaux talentueux, Hans et Helma traversent le XVIIIe siècle en cherchant leur salut dans la pratique de la musique. Guerre, pillage, famine, épidémie, violence, de l'Allemagne pauvre etrurale aux somptueux palais italiens, rien n'est épargné à ces deux enfants qui grandissent et réussissent à s'émanciper de leur condition grâce à leur travail acharné. Une magnifique BD historique qui rend hommage à la musique baroque et un travail graphique stupéfiant (somptueux noir et blanc où les notes et les mouvements s’invitent dans les cases).
Gen aux pieds nus (Tome 1 et 2, Keiji Kanazawa. Editions Le Tripode) : Hiroshima, 1945. Un petit garçon, Gen, et sa famille tentent de survivre tant bien que mal malgré la famine et la désolation. Entre horreur absolue et réflexes de survie parfois inavouables, la rage de vivre est pourtant bien là. Quatre-vingts ans après le bombardement d’Hiroshima, les éditions Le Tripode, décident de publier une nouvelle traduction du manga, Gen d’Hiroshima, le classique signé Keiji Nakazawa. Une œuvre autobiographique à forte charge mémorielle, à ranger non loin de Maus d’Art Spiegelman. Un chef d’œuvre absolu.

Moonlight express (Clerisse et Smolderen. Editions Le Seuil) : Noël 1946. Berlin n'est plus qu'un champ de ruines, où le jazz résonne comme un souffle de vie dans le chaos. C'est là que le sergent Norman Bold accueille Clarisse d'Arcier, jeune Française éperdument amoureuse du lieutenant Jay Johnson, son ami et collègue. Tandis que les deux soldats préparent une périlleuse mission de récupération d'oeuvres d'art spoliées par les nazis en zone soviétique, Clarisse débarque, bien décidée à comprendre pourquoi son amant ne répond plus à ses lettres... Thierry Smolderen tisse un récit à tiroirs, sinueux et fascinant, qui mêle la noirceur du polar d'espionnage à la nostalgie des grandes love stories hollywoodiennes. de Berlin à Los Angeles, des années 40 aux années 60, les destins se croisent, s'éloignent, se perdent. Une trépidante aventure à la fois intime et romanesque aux couleurs chatoyantes.
L’amour et la vermine (Will McPhail. Editions 404) : L’amour, le quotidien, nos incohérences, ce recueil de dessins de WillMcPhail pour le New-Yorker est un régal de dérision et d’humour. On rit beaucoup !
Islander (Caryl Ferey et Corentin rouge. Editions Glénat) : Après une série de catastrophes, les réfugiés de toute l’Europe s’amassent au port du Havre, lieu de transit vers l’Islande, encore épargnée. Liam, qui a déjà tout perdu, tente sa chance en volant le pass d’une migrante... Pour les amateurs de suspense et d’action, cette BD, au récit mené tambour battant et au graphisme dynamique est un must !
Vera Buck
Traduit de l'allemand par Brice Germain
Editeur : Gallmeister Réserver ou commander
Henrik est auteur de livres pour enfants, Nora sa femme est ingénieure. Ils ont un petit garçon de cinq ans, Fynn. Tous trois aspirent à des vacances bien méritées et c’est plein d’enthousiasme qu’ils roulent vers la Suède et le chalet niché au coeur de la forêt qu’Henrik a hérité de son grand-père. Mais très vite ce qui s’annonçait comme un petit paradis se révèle être un lieu inquiétant. Nora s’y sens observée, Henrik y revit de drôles de sensations enfouies depuis l’enfance et soudain Flynn disparaît. Que se passe-t’il dans ce coin de Suède ? D’autant qu’une jeune chercheuse en botanique vient de déterrer le cadavre d’un enfant non loin du chalet et qu’Henrik découvre une inquiétante cabane dans les arbres. Un thriller palpitant à l’atmosphère oppressante qui confirme le talent de Vera Buck.
