Mélanie Sadler
Editeur : La tribu Réserver ou commander
Line est une jeune femme rebelle, anticonformiste, volontaire, déterminée bref une audacieuse pour son époque. Nous sommes à Paris au milieu du XIXe siècle et c’est dans cette ville bouillonnante, sous le nom de plume, Séverine, qu’elle veut devenir journaliste, métier réservé exclusivement aux hommes. Prête à tous les sacrifices, Séverine est bien décidée à informer ses concitoyennes, à infiltrer les réunions politiques, à couvrir les grands procès qui secouent son époque dont l’Affaire Dreyfus. Souvent moquée, entravée, calomniée, Séverine n’en reste pas moins debout et comme d’autres audacieuses de son temps elle ouvrira la porte à des générations de femmes.
Masahi Matsuie
Traduit du japonais par Déborah Pierret Watanabe
Editeur : Editions du Sous-sol Réserver ou commander
« Souvent les oeuvres des architectes sont comme une voix puissante et brillante, qui chante à pleins poumons. Mais les réalisations du maître, elles, ont plutôt une voix discrète, presque un murmure, et se moquent bien de savoir si elles seront entendues ou non. Une petite chose, qui renfermerait une voix plus petite encore »
Tokyo, début des années 1980. Tôru Sakanishi, apprenti archhitecte, intègre la prestigieuse agence Murai. Comme chaque année à l'approche de l'été, l'équipe quitte la capitale nippone afin de rejoindre Kita-Asama, un village situé au pied d'un volcan en ébullition. Ensemble, les architectes travaillent sur un appel d'offres pour la conception d'une bibliothèque nationale à Tokyo.
Il y aurait un nombre incalculable d’adjectifs pour qualifier ce roman japonais de Masashi Matsuie. Elégant, calme, radieux, lumineux… Nous suivons les premiers pas d’un jeune architecte et à travers lui, c’est une époque, un métier, une façon de regarder et de penser qui jaillissent sous nos yeux.
Chacun des chapitres de ce livre est à la fois discret et immense car jamais l’auteur n’oublie le romanesque (le concours d’architecte, les doutes, une époque qui tremble et peut-être bascule, un volcan qui gronde, la nature qui bruisse) ses personnages en constante évolution (le maître, ses collaborateurs, les voisins) et surtout c’est un roman qui infuse des idées à la fois simples et extraordinaires (les mains qui travaillent, créent, jardinent, cuisinent, conduisent), un rapport au monde, à notre foyer, à la sensualité. Jamais je n’aurais cru que je pourrais me passionner pour des poignées de porte, une hauteur de plafond, un pupitre de lecture, des crayons bien taillés, la façon dont on peut passer les vitesses d’une vieille R5 !
C’est réellement une merveille de livre, une ode à l’artisanat, au temps, à ce que l’on en fait et comment on le perçoit, à la beauté (une beauté qui serait là sans bruit), à l’architecture bien entendu, à l’exigence, à la rigueur, au travail qui peut ne pas en être, à ce qui traverse le temps et perdure.
C’est un grand grand coup de coeur.
« On parle souvent de l’endroit où l’on mange, dort et vit, et ce n’est pas pour rien. On devrait considérer ces mots comme indissociables. Si on ne s’intéresse qu’à l’endroit où on vit sans se soucier du « manger » et « dormir », alors on ne fait que fabriquer une coquille. C’est pour ça que je ne fais pas confiance aux architectes qui ne cuisinent pas. On ne peut décemment pas confier la conception d’une maison à un architecte qui ne s’occupe ni de la cuisine, ni de la lessive ou du ménage. »
Colin Niel
Editeur : Seuil Réserver ou commander
Le courlis cendré est une espèce en voie de disparition. C’est pourtant ce petit oiseau migrateur qui va bouleverser la vie de trois familles en Ecosse, en France et au Maroc. Dans leur ferme des Highlands, dans son affût de chasse en Baie de Somme ou dans une réserve naturelle du Maroc, Fiona, Willy et Hamza tentent de s’adapter aux difficultés de la vie quotidienne et rêvent d’un monde meilleur. Et si la beauté du vol du dernier courlis pouvait enfin leur permettre de retisser du lien entre les générations ?
Sergio Del Molina
Traduit de l'espagnol par Eric Reyes Royer
Editeur : Editions du Sous-sol Réserver ou commander
« À la maison. Comme elle est loin, la maison. Si seulement je pouvais savoir, non plus quand, mais si nous pourrons y retourner un jour. J'échoue à leur faire comprendre que notre avenir ne va pas plus loin qu'un ou deux jours. C'est ce que nous avons pour tout horizon. Au-delà sont les monstres. Le calendrier est pour nous aussi mystérieux que les blancs dans les cartes du Moyen Âge. La semaine prochaine est une contrée lointaine, et le mois à venir, un continent inexploré. Trois mois nous projettent dans le cosmos, sous les lunes de Jupiter ou bien au-delà de l'infini. »
Il y a des livres discrets, intelligents et courageux. Parler de « L’heure violette » (ed. Du sous-sol) de Sergio Del Molino, c’est le faire sur la pointe des pieds. Comment dire le chagrin, la maladie, et la mort, surtout celle d’un enfant ?
L’auteur espagnol parle de la douleur, la sienne et celle de Pablo, son petit garçon, des traitements, de l’attente, des montagnes que l’on gravit et des avalanches que l’on subit, celles qui emportent, détruisent et ôtent tout espoir. Comment parler de maladie - la leucémie- sans jamais renier l’enfance, ses jeux, ses joies, ses espérances ? Comment respecter l’enfant et dire pourtant sa souffrance ? Faut-il en parler, la représenter ?
Ce texte est un modèle de pudeur et de sobriété.
L’heure violette est d’une justesse implacable et parce qu’il est juste, il rejoint la beauté, celle des endeuillés, Parce que chaque phrase, où tout est bousculé par les tremblements, la peur et le chagrin, est debout et droite. Pourtant le vent souffle, mais ce texte est un roseau, il ploie mais ne rompt pas. Il n’est pas condescendant, il est précis, il réfléchit, en particulier sur le rapport entre littérature et maladie. Il questionne : que fait-on avec les archives de la maladie, de la douleur ? Il s’arrête à temps. Il s’arrête là où les mots ne peuvent pas dire, ne pourront plus dire, jamais.
On pensera à Pablo, longtemps, comme on le fait depuis des années avec les tombeaux littéraires dressés par Bernard Chambaz (son fils, Martin dans Martin cet été) ou Philippe Forest (sa fille Pauline, dans la majorité de ses livres).
« Je suis ma peine, et ma peine, c’est toi »
