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Sharon Bala, trad. de l'anglais par Véronique Lessard et Marc Charron
Mémoire d'encrier, 436 pages, 22€

quimportelenavireSJuillet 2009, un cargo approche des côtes de la Colombie-Britannique. A son bord, près de 500 réfugiés sri-lankais. Des hommes, des femmes, des enfants qui ont fui la guerre et espèrent trouver un pays d'accueil où commencer une nouvelle vie. Mais les autorités canadiennes ne veulent pas de cette arrivée massive de réfugiés. Elles craignent que des terroristes se soient infiltrés parmi eux. Tous sont emprisonnés en attente d'une audience d'admissibilité. L'arrivée du cargo fait la une des journaux et va bouleverser le destin des trois personnages principaux : Mahidan le réfugié, Priya l'avocate et Grace la juge.

Mahidan est l'un de ces Tamouls qui a tout perdu au Sri Lanka. Il a fui avec son fils de cinq ans, Sellian. Séparé de l'enfant à leur arrivée, il passe des mois en prison, enchaînant les audiences au cours desquelles il doit prouver sans cesse son identité et raconter les horreurs vécues pendant des années de conflits. Comment convaincre la juge de le laisser vivre au Canada, lui qui risque d'être renvoyé dans son pays.

Priya est une jeune canadienne. Diplômée en droit, elle entame son stage dans un grand cabinet d'avocats où elle espère se spécialiser en droit des entreprises. Mais voilà, un avocat du cabinet la remarque lors d'une réunion et décide qu'elle fera son stage avec lui, spécialiste du droit des réfugiés. Priya a la peau brune et un nom sri-lankais, mais elle ne sait pratiquement rien de son pays d'origine. Ses parents sont arrivés au Canada dans les années 60 et ont tout fait pour que leurs enfants deviennent des petits canadiens. Elle défend les droits de Mahidan et l'assiste à chacune de ses audiences, découvrant petit à petit les difficultés des Tamouls au Sri Lanka. Elle se décide enfin à interroger son père et son oncle sur leur propre passé.

Grace, mariée et mère de jumelles adolescentes, occupe une fonction de conseillère auprès d'un député fédéral. Toujours à la recherche de challenges, elle accepte une nomination comme juge à la commission des réfugiés qui doit statuer sur le sort des 500 nouveaux arrivants. Grace incarne ce Canada qui doute et qui craint cette arrivée massive d'étrangers. Et si certains étaient des terroristes, prêts à importer sur le sol canadien leur combat ? Ne doit-elle pas protéger ses filles ? Pourtant, Grace aussi est descendante d'immigrés. Ses grands-parents sont arrivés du Japon dans les années 30. Eux aussi étaient venus chercher une vie meilleure dans cette terre d'accueil. Leur destin a basculé avec la Seconde Guerre Mondiale, enfermés dans un camp, leurs biens confisqués, ils ne se sont jamais vraiment remis de cette expérience traumatisante dont ils ne parlaient jamais. Et voilà que sa mère, Kumi, sombrant peu à peu dans la maladie d'Alzheimer n'a plus qu'un mot à la bouche : réparation ! Qui est-elle, Grace, pour juger ces hommes et ces femmes qui souhaitent simplement vivre en paix et qu'elle soupçonne d'être de dangereux terroristes ?

A travers les doutes et les craintes de ces trois protagonistes, Qu'importe le navire nous éclaire sur la difficulté d'accueillir et de comprendre l'étranger.

Ann Patchett, trad. de l'anglais par Hélène Frappat
Actes Sud, 320 pages, 22€50

maisonhollandaisDanny et Maeve Conroy sont frère et soeur. Unis par un amour indéfectible, ils grandissent entre un père renfermé et distant et une mère instable qui finit par disparaître un matin pour ne plus jamais revenir. Ils peuvent néanmoins compter sur l'amour et le dévouement de la cuisinière et de la bonne, Jocelyne et Sandy, qui font tourner la grande maison et en sont un peu l'âme.

La maison, une grande demeure en périphérie de Philadelphie est au coeur du roman. Le père de Danny et Maeve pensait y créer un foyer pour sa femme et ses enfants, elle deviendra pourtant la cause de tous leurs malheurs. Elle doit son nom de "Maison des Hollandais" à ses anciens propriétaires venus d'Europe au début du XXe siècle et ayant fait fortune en Amérique. Alors que la vieille Madame Van Hollebeke est décédée sans descendants, le père Conroy achète la somptueuse demeure avec tout son contenu. La famille s'installe donc dans les meubles sombres et austères de ces inconnus, dine dans son service, dort dans ses draps, vit sous le regard des portraits de famille. Si la mère ne supporte plus la situation et prend la fuite, les deux enfants sont solidaires et grandissent tant bien que mal dans une atmosphère oppressante.

Jusqu'au jour où leur père leur présente Andrea, une jeune et jolie femme visiblement sous le charme de l'imposante bâtisse et bien décidée à en épouser le propriétaire. Andrea ne tarde pas à emménager dans la Maison des Hollandais, avec ses deux petites filles, et à y imposer sa loi. Danny et Maeve ne se doutent pas alors des conséquences de l'arrivée de cette belle-mère arrogante sur leur propre destin.

Pendant des années, Danny et Maeve, devenus adultes, passent du temps, assis dans une voiture garée devant ce qui fut la maison de leur enfance, à se repasser le fil des événements.

Ann Patchett est passée maître dans l'art de décrire les sentiments au coeur d'une famille dysfonctionnelle, de raconter sur des décennies la complexité des relations humaines et les rouages souvent incontrôlés de la destinée de ses personnages. A l'image du passionnant Oranges amères, paru en collection Babel, La Maison des Hollandais est un roman tout en subtilité qui nous conte les déboires de personnages attachants.

Hiroko Oyamada, trad. du japonais par Silvain Chupin
Christian Bourgois, 186 p., 18€50

usine"Au contraire, quand une machine devient inutilisable et que je décide immédiatement de l éteindre pour passer à une autre, je me sens comme un membre à part entière de la société, qui fait un choix dans son travail. Seulement, bien sûr, ce sentiment ne dure pas. Dès le deuxième jour, mon travail n'a plus de secret pour moi et, hormis dysfonctionnement important, je n'ai plus besoin d'utiliser un neurone."

Le premier roman d'Hiroko Oyamada traduit en français se déroule dans une usine immense, qu'on dira "générique" - l'autrice ne donnera aucune information sur ce qui y est produit -. Trois employés récemment engagés y expérimentent la vanité, l'absurdité et l'effarement d'un travail inutile. Cet effroyable portrait de l'aliénation au travail nous laisse presque sans voix, un sentiment de reddition dans l'air. Mais, en contrepoint total et dans un réflexe de survie, il nous incite à réintégrer la notion de "sens" au fond de nos actes et pensées.


Marie Ndiaye,
Gallimard, 232p. 19€50

ndiayevengeanceLorsque Gilles Principaux pénètre dans le bureau de l'avocate Me Susane c'est comme "un coup violent porté à son front".
Me Susane a le sentiment de connaître ce Gilles Pricipaux. N'est-ce pas cet adolescent qui trente ans plus tôt l'a emmenée dans sa chambre alors qu'elle accompagnait sa mère, femme de ménage, dans cette maison cossue ? Cet après-midi-là est resté gravé à tout jamais dans sa mémoire comme le jour où un monde de possibles lui est apparu : possible de sortir de sa condition sociale, possible d'être une autre et pas juste cette adolescente aux traits ingrats et trop grosse...
Mais Gilles Principaux, lui, ne la reconnaît pas, et il n'accorde d'ailleurs aucune importance à cela. Lui, il est là pour une chose qui lui tient bien plus à coeur. Il demande à Me Susane de défendre sa femme Marlyne, une femme aimante et dévouée, une mère fabuleuse, une femme qui pourtant a posé un acte terrifiant : un après-midi elle a noyé leurs trois enfants dans la baignoire de leur maison.
Me Susane accepte cette défense bien qu'elle est fort troublée par la personnalité, l'attitude et les motivations de Gilles Principaux. Elle n'en sera pas moins troublée par les révélations de Marlyne qu'elle va visiter en prison, l'occasion d'un monologue extraordinaire, hallucinant et halluciné, sur une dizaine de pages où Marlyne tente d'expliquer son geste. Son trouble ne fera que s'accentuer lorsque Sharon, sa femme de ménage, cette personne parfaite, charmante et de confiance se révèlera être bien plus secrète et complexe qu'il n'y parait.
Dans La vengeance m'appartient, le lecteur ne quitte pas un seul instant l'esprit de Me Susane même si le livre se construit autour de trois femmes, trois femmes complexes, troubles, opaques.
Avec La vengeance m'appartient, l'écrivaine Marie Ndiaye signe un livre époustouflant tant sur le plan littéraire que sur les réflexions et sentiments qu'il provoque chez son.sa lecteur.trice : il n'y a de vérités que relatives, les hommes ne sont pas ce qu'ils semblent être, nous ne pouvons faire confiance ni à nos perceptions ni à notre mémoire...
Vous l'aurez compris dans le livre de Marie Ndiaye on ne trouve ni certitudes, ni solutions, ni résolutions. On avance en terrain glissant, mouvant, un terrain qui se dérobe sous nos pieds où toute tentative d'ancrage est vaine, où tout est noyé dans le brouillard, où tout reste dans l'opacité.
Livre oppressant, étouffant même, La vengeance m'appartient est un grand livre.

Goldie Goldbloom, trad. de l'anglais (E.U.) par Eric Chedaille,
Bourgois, 345 p., 22€

divisionavenueSDivision avenue, c'est cette rue de Brooklyn, coeur du quartier juif hassidique. C'est là que vit Surie Eckstein, mère accomplie, fière de sa progéniture, grand-mère heureuse. Mais voilà, alors qu'elle ne pensait plus ça possible, Surie se retrouve enceinte à un âge très avancé. Choquée, elle qui a toujours aimé avoir et élever de nombreux enfants, elle n'arrive pas à se réjouir ni à annoncer la nouvelle à son mari et à son entourage. Ce secret qu'elle garde, elle l'associe bientôt à celui qu'a dû taire aussi son fils Lipa.
Surie est un magnifique personnage, qui cherche à trouver le juste chemin entre sa vérité intérieure et le respect des règles de sa communauté, une émancipation qui, pour insignifiante qu'elle puisse paraître pour certains, n'en constitue pas moins pour elle une révolution.

Sandro Veronesi, trad. de l'italien par Dominique Wittoz,
Grasset, 384 p., 23 €

colibrigrassetSOn se souvient de Sandro Veronesi et de son Chaos calme paru il y a une quinzaine d'années, magnifique livre sur le deuil. Il vient de remporter pour la seconde fois le prix Strega avec Le Colibri. C'est ainsi que dans sa jeunesse on surnommait Marco Carrera, héros et narrateur de ce nouveau roman, à cause de sa petite taille. Aujourd'hui plus grand, devenu ophtalmologiste reconnu, ce surnom continue à lui correspondre : comme l'oiseau, il s'évertue à rester immobile alors qu'autour de lui tout change. Malgré les coups du sort qui le frappent plusieurs fois, malgré un amour absolu qui pourrait lui faire perdre pied, il concentre toute son énergie à tenir bon en restant lui-même.
Un roman vibrant, doux et déchirant, sur la douleur, la perte, l'acceptation, la mort mais surtout la vie, envers et malgré tout.

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