Laurent Mauvignier,
Les éditions de Minuit, 239 pages, 17€
Sybille est une femme fatiguée qui s’est peu à peu éteinte. Son fils Samuel est un adolescent mal dans sa peau plein de blocages et de colère. Leur relation est conflictuelle ou de l’ordre de l’ignorance mutuelle. Sybille décide dans un dernier sursaut d’énergie de partir en expédition à cheval avec son fils au Kirghizistan pour tenter de redonner à leur vie une direction. Le voyage se fait dans des conditions extrêmes. Il est l’occasion de nombreux retours en arrière sur la vie des protagonistes, un amour de jeunesse qui obsède encore Sybille, l’échec de son couple…
L’écriture cinématographique de Laurent Mauvignier est au service de ce roman d’aventure dans les montagnes kirghizes. Lieu d’exploration des replis de l’âme humaine, Continuer explore la relation mère-fils : le regard que l’on porte l’un sur l’autre, les malentendus, les tentatives d’approche, les replis sur soi, les illusions, les déceptions mais aussi ces instants bénis de retrouvailles, de connivence, d’amour partagé.
Valérie Manteau,
Le Tripode, 200 pages, 15€
Le livre s’ouvre sur le suicide, celui d’une grand-mère aux tendances dépressives et puis le passage à l’acte et l’effroi de la mort qui saisit les proches. Et puis les catastrophes s’enchaînent, maintenant ce sont les copains qui meurent, ceux de Charlie Hebdo. On est le 7 janvier 2015. Que faire alors? Se bourrer la gueule jusqu’à plus savoir comment on s’appelle, fuir à Istanbul retrouver l’amant, se jeter par la fenêtre…
Valérie Manteau raconte la vie quand la mort surgit de toute part sans pathos, au plus juste et ce goût de liberté, ce choix de la solidarité tout comme cette nécessité du rire même dans les moments les plus tragiques. Calme et tranquille est un livre bouleversant qui donne tout son sens au mot résistance.
Véronique Ovaldé,
Flammarion, 345 pages, 20€
Dans la cité imaginaire d’Urubuk, au fin fond du pays basque, la jeune Anastasia Bartolome s’impatiente. Un jour, un professeur emmène sa classe voir une exposition et l’adolescente a une révélation devant un tableau de nu féminin peint par Roberto Diaz Uribe. Commence alors pour la jeune fille une quête effrénée sur les traces du peintre : de Paris où elle côtoie un vieux russe fou et alcoolique, fin connaisseur, à la côte espagnole où Dalia Stella, fille du peintre étudie les méduses.
Placé sous le signe du suicide, le roman de Véronique Ovaldé qui remonte à travers les siècles la dynastie des Bartolome n’en est pas moins un récit allègre et fantaisiste où encore une fois l’imagination est au pouvoir.
Audur Ava Olafdottir, trad. de l'islandais
Zulma, 160 pages, 17€50
Quand on est une adolescente aux jambes de coton, on apprend à aborder le monde d’une autre manière. On voit ce que les autres ne voient pas. Telle est Augustina, cet être à part dont Olafdottir excelle à nous peindre le paysage intérieur : le carré de rhubarbe propice à la rêverie, les lettres de sa mère partie au loin à la poursuite des oiseaux migrateurs, la photo de ce père inconnu, le regard de Salomon, le boudin de mouton de cette chère Nina, et le grand projet, l’ascension de la montagne…
Tout en finesse et en délicatesse, Le rouge vif de la rhubarbe amène le lecteur à s’émerveiller du miracle quotidien.
