Adam Haslett, trad. de l'anglais (Etats-Unis)
Gallimard, 440 p., 23 euros.
Ils sont deux dans cette famille à être atteints de ce mal insidieux : la dépression.
Quand Margaret toute jeune rencontre John, elle est séduite, il est enthousiaste, entouré de nombreux amis et surtout il sait la faire rire. Elle ignore encore tout de cette maladie, de cette face sombre qui peut fondre sur son fiancé. Elle l'apprendra avant le mariage et pourtant construira sa vie avec lui. Ensemble ils auront 3 enfants, dont l'aîné, Michael, hypersensible, passionné, angoissé, éprouve aussi cette difficulté à vivre. Au fil des années, l'histoire de cette lutte contre le poids de la dépression et les coups du sort est racontée en alternance par chacun des 5 membres de la famille : cette douleur qu'ils portent ou qu'ils supportent, ils la vivent , la traversent et la combattent ensemble. Malgré leurs défauts, leurs différences, les incompréhensions, c'est ensemble qu'ils se battent pour veiller les uns sur les autres.
Sur un sujet grave, Adam Haslett réussit une roman profond, lucide, parfois sombre mais traversé par des moments de grâce tant l'amour de cette fratrie est lumineux...
Marcel Sel,
Onlit Editions, 301 pages, 19,50 euros.
"Le Père", nommé uniquement comme ça par son fils qui s'est toujours senti négligé par celui-ci. "Le Père" impose à son fils, contre rémunération, d'écrire un roman, sous peine de se voir couper les vivres. Dans le but avoué de contrarier son géniteur, ce fils dilettante décide dans son "roman" de révéler à son père l'histoire de sa propre mère : Rosa, dont il ne sait rien, Rosa, adolescente farouchement fasciste, amoureuse du Duce, juïve échappant à la discrimination, résistante , déportée, ...
Une belle et forte saga familiale, qui nous transporte de l'Italie fasciste à la Belgique d'aujourd'hui, qui nous parle de filiation, d'amour, et des incohérences de l'histoire. Palpitant et émouvant.
Jennifer Haigh, trad. de l'anglais
Gallmeister, 435 pages, 24.20€
Bakerton, Pennsylvanie, est une ville qui se meurt. Depuis la fermeture des mines de charbon, à la fin des années 80, la petite localité se vide peu à peu des ses habitants, ses commerces ferment les uns après les autres, il n'y a plus aucun avenir. Il ne reste que la terre à cultiver et de rares emplois comme ceux, précaires et difficiles, qu'offre la prison d'Etat. Lorsque des démarcheurs d'un grand groupe industriel commencent à frapper aux portes des propriétaires terriens, ces derniers pensent avoir enfin trouvé une solution à leurs problèmes d'argent : l'exploitation du gaz de schiste. Tout semble si simple et les contrats si alléchants ! Il suffit d'un simple puits au milieu des champs pour voir jaillir des millions de dollars. Mais, évidemment, au pays de l'argent, rien n'est jamais simple. La présence d'un industrie pétrolière au coeur de cette région réputée pour son agriculture ne plaît pas à tout le monde. Très vite les esprits s'échauffent, la déception s'intalle, la colère aussi. Les puits sont énormes et bruyants, les forets rasées, les terres devastées, l'eau contaminée. Ce qui devait permettre à Bakerton de revivre ne fait que précipiter sa ruine. Un roman puissant qui traite d'une question fondamentale de notre époque : comment concilier la réussite économique et le respect de l'environement ?
Jessie Burton. Trad. de l'anglais
Gallimard, 496 pages, 22.50€
Nous avions découvert le talent de Jessie Burton avec Miniaturiste (paru chez Gallimard en 2015 et désormais disponible en Folio) et attendions avec impatience son second roman! Le voici donc et c'est une réussite ! L'histoire se déroule sur deux époques et dans deux lieux différents. D'abord, l'Andalousie dans les années trente. La famille Schloss a quitté Londres pour s'intaller dans une villa du sud de l'Espagne espérant que le climat méditerranéen sera bénéfique à Sarah, la mère, qui souffre de dépression. Olive, la fille de la famille, a suivi ses parents dans leur exil. Elle y fait la connaissance de Teresa et Isaac, qui travaillent sur la propriété. L'Espagne vit des heures troubles et Isaac, très impliqué dans la lutte révolutionnaire, bouscule la tranquilité de la villa même si les Schloss, centrés sur leurs problèmes personnels ne prennent pas la mesure des bouleversements qui secouent la région. Ensuite, la ville de Londres à la fin des années 60. Odelle a quitté les Caraïbes pour tenter sa chance dans la capitale britannique. Après quelques années de galère, la jeune femme qui se rêve écrivain, a enfin décroché un job intéressant dans une galerie d'art. Elle y fait la connaissance de Quick, une femme un peu extravagante qui la pousse à réaliser ses rêves et lui ouvre les portes de sa maison. Elle rencontre aussi l'amour en la personne de Lawrie Scott, un jeune homme un peu perdu suite au décès de sa mère. Celle-ci ne lui a rien laissé si ce n'est un tableau Les filles au Lion qu'Odele montre à Quick. Sa patronne est bouleversée par l'oeuvre, pas seulement par sa beauté mais aussi par le fait que ce tableau réapparaisse près de 30 ans après avoir été vu pour la dernière fois en Andalousie. Qui est Robles, le mystérieux peintre, auteur de ce chef-d'oeuvre ? Comment la mère de Lawrie l'a-t-elle acquis ? Pourquoi Quick est-elle déstabilisée par la toile ?
