Elif Shafak
Traduit de l'anglais par Dominique Goy-Blanquet
Editeur : Flammarion Réserver ou commander
Dans cette ample épopée qui se déroule sur trois époques, Elif Shafak nous conte les aventures de personnages passionnants, nous transportant de Londres aux berges du Tigre, de la Mésopotamie à la Turquie et l’Irak, en passant par l’Angleterre de Dickens, le tout dans un roman palpitant. Au milieu du XIXe siècle, à Londres, Arthur, un gamin pauvre mais doté d’une mémoire prodigieuse, se passionne pour des tablettes d’argile découvertes dans l’antique Ninive et conservées au British Museum. En Turquie, en 2014, une grand-mère tente de sauver sa petite-fille Naryn. Appartenant à la minorité Yézidie, elles rêvent de rejoindre le nord de l’Irak dont leur peuple est originaire mais où aujourd’hui encore il est victime de génocide. A Londres, en 2018, Zaleekhah, jeune femme au parcours mouvementé, étudie l’hydrologie. En plein divorce, elle tente de mettre de l’ordre dans sa vie et de renouer avec ses racines orientales. Ces trois héros puisent leur force dans l’eau d’un fleuve et les mystères d’une goutte de pluie.
Anders Lustgarten
Traduit de l'anglais par Claro
Editeur : Actes Sud Réserver ou commander
"Pas évident d'imaginer un road-movie dans un pays qui se traverse en quatre heures seulement selon la circulation, mais elle ne s'est jamais sentie aussi Thelma et Louise de sa vie. Sauf qu'ils sont trois à bord, et que l'un d'eux est mort."
Elle, c'est Cherry, infirmière en deuil et colère bien décidée à rendre le corps d'Omar à sa petite amie. Le mort, c'est donc Omar dont on découvrira le parcours à rebours. Ce jeune migrant est décédé à cause d'un policier faussement patriote, vraiment raciste, lors d'une opération illicite. Enfin, Jakubiak, le troisième est un flic sans envergure et en mal de reconnaissance. Témoin (plus ou moins) malgré lui du meurtre, il se retrouve menotté à la victime...
Ce roman choral (nous vous laissons découvrir d'autres personnages tout aussi bien croqués) de Anders Lustgarten est autant une comédie qu'une chronique sociale. L'auteur anglais dépeint la société d'Outre-Manche (et européenne) avec acuité sans rien lui pardonner. "Trois enterrements" est féroce, intelligent, jubilatoire et surtout plein d'humanité.
Emmanuel Carrère
Editeur : POL Réserver ou commander
"Kolkhoze" d'Emmanuel Carrère fait à juste titre l'événement : il y fait le portrait, terrible et aimant, de sa mère, l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse, dont les origines familiales - des aristocrates déchus suite à la révolution russe du côté maternel, des Géorgiens fuyant les bolcheviks du côté de son père - constituent un matériau d'une richesse incroyable et l'occasion de réflexions passionnantes sur la Russie, l'Ukraine d'aujourd'hui,... Mêlant l'intime et l'universel, Carrère réussit un livre sincère, sans complaisance, d'une clarté exceptionnelle, sur la figure maternelle et le monde actuel...
Laura Vazquez
Editeur : Sous-sol Réserver ou commander
Parce qu’elle traîne trop à l’intérieur d’elle-même, que sa docilité aux opinions et aux normes risque de la faire disparaître, une fille décide de rencontrer le monde et de chercher la vie. Elle part loin de tout ce qui l’a sculptée et conditionnée. Il y aura dans ce voyage différents lieux et rencontres. Un bar lesbien, une maison, un immeuble, une montagne. Les souvenirs de deux parents bien trop obéissants, une fille aux yeux noirs, une vieille femme obèse ultra-directe ou des êtres sous influence. Il y aura sur sa route, des visages, des mains, des pensées. Au fil des pages, la narratrice devient une force qui renonce. Elle brûle ses papiers, s’approche des bords, des marges et des morts pour mieux se percevoir.
On ne sait jamais où nous emmène un livre, surtout quand celui-ci nous donne le vertige dès les premières pages. Mais Les forces se livre à nous, et donne beaucoup : de la théorie, de la rhétorique, de la politique, le cœur d’un secret, une structure, une langue, une sonorité (et la richesse d’une ponctuation). Tout semble là, inépuisable. La narratrice mène une odyssée et le lecteur avec elle. Les forces est un roman qui se réagence sans fin, c’est un ciel grand ouvert qui ne manque pas d’interroger, de mettre le lecteur en éveil. Puisqu’il s’agit de défaire les représentations qui nous imposent un impensé. Et le rire s’invite, dévale certaines pages de manière totalement jubilatoire (on y apprend tout de même que Simone Weber, la tueuse à la meuleuse à béton, est moins éloignée de Simone Weil que de Simone de Beauvoir). Tout s’imbrique, il y a le bonheur de l’intertextualité, les citations se fondent dans le roman, et agissent. Parce que le texte est une matière, « un mystère qui se s’épuise pas » dans lequel chacun peut puiser. Il y a une colère (les pages consacrées au discours de l’assistant social dans la Maison des Morts, sont magistrales) mais sans jamais l’esprit de sérieux. Les Forces, constamment, travaille et nuance les dimensions de notre lecture, il s’ouvre à nous depuis la terre, sans ascendance, grâce à sa prose suractive, tout en densité et en intensité imaginative et réflexive.
