Samantha Hunt
Traduit de l'anglais (usa) par alex Ratcharge
Editeur : Le Gospel Réserver ou commander
Tout au nord d’une Amérique au bord du gouffre, dans une petite ville de pêcheur qui ploie sous le ravage de l’alcoolisme, une jeune femme est amoureuse d’un vétéran de la guerre en Irak, beaucoup plus âgé qu’elle. Elle attend son père qui semble avoir disparu en mer il y a onze ans et… est persuadée d’être une sirène.
Grande beauté que ce premier roman de Samantha Hunt (publié en 2018 aux Etats-Unis ), tout le livre se tient sur un entre-deux entre conte et roman, légende et réel, une tonalité qui rend le livre proprement singulier. La narratrice raconte et c’est justement dans sa manière de dire que l’envoûtement agit et nous interroge, passant d’une pensée à une autre, tourbillonnant entre les images, entre le solide des mots et leur évaporation dans l’air. La jeune femme est obsédée par l’eau, et le bleu (et on saisit alors pourquoi Maggie Nelson en a fait la postface - brillante-). Il y a de magnifiques pages consacrées au brouillard, à la vapeur, aux gouttes, aux larmes et tout un art du lexique et de la métaphore pour mieux parler du désir, de l’absence et du manque. « Seul l’océan pour me sauver » parle si bien de la fascination (pour l’océan, pour un homme, pour un père, pour l’étymologie, pour un amour ou un souvenir) et d’un sentiment, en tout point énigmatique, celui de se sentir en totale altérité face au monde et au réel. Et c’est le lecteur qui doute - que raconte-t-elle cette fille si seule et si désirante, est-elle folle ? Peut-on la croire ? Et c’est précisément dans cet interstice que réside la beauté du roman. Samantha Hunt, réussit également, dans ce bruissement poétique et infini à livrer de très belles pages consacrées à Jude, le vétéran, plongé dans le terrible de la guerre en Irak. À mesure qu’il raconte (et ce que le soldat raconte, c’est une femme qui l’écrit - ça change tout), Jude fond littéralement devant son amoureuse : c’est un passage unique et magnifique. Des trouvailles comme celle-là, il y en a beaucoup, qui affolent et enchantent tant la matière et les images semblent inédites.
Caroline Dawson
Editeur : L'Olivier Réserver ou commander
Quelle belle surprise, ce récit est une splendeur !
En 1986, Caroline a huit ans et fuit avec sa famille la dictature de Pinochet pour tenter de se reconstruire au Canada. Récit tout à la fois intime, politique, sociologique et poétique, « Là où je me terre » est d’une vivacité et d’une douceur incomparables. Et surtout si précis dans sa manière d’écrire l’assimilation et le changement de classe sociale… et sa façon toute personnelle de le raconter : c’est fougueux, solaire et extrêmement subtil. On referme le livre et on a l’impression d’avoir de nouveaux yeux et de mieux comprendre le monde. Et puis il y a une beauté toute particulière dans ce récit : le portrait qu’elle fait de sa mère. On pourrait penser qu’on a lu ça mille fois mais Caroline Dawson l’écrit dans un mélange d’hommage, d’amour, de lutte sans nous cacher ses propres paradoxes : « Stupidement, au début de l’adolescence, je me suis construite contre elle, contre ce qui la constituait, pensant que c’était bas, ordinaire ; méprisant sa culture, dédaignant ses lectures. Je ne me rendais pas compte que c’était justement parce qu’elle m’avait tant élevée que je pouvais maintenant la regarder de haut. »
Marin Ledun
Editeur : Gallimard Réserver ou commander
Dans ce polar passionnant, Marin Ledun nous emmène aux îles Marquises. Bien loin des clichés paradisiaques pour touristes, c'est au coeur de la population insulaire que le lieutenant Tepano Morel doit mener l'enquête. Né d'une mère marquisienne et d'un père métropolitain, c'est en France, coupé de ses racines, que Tepano a toujours vécu. Aujourd'hui en poste à Tahiti depuis une poignée d'années, c'est pourtant la première fois qu'il pose le pied aux Marquises, chargé d'une affaire qui s'avère complexe. Une jeune femme a été retrouvée assassinée dans les montagnes. Accompagné de Poerava Wong, il tente de dresser le portrait de Paiotoka O'Connor, une femme libre, engagée, soucieuse de protéger les traditions et la nature de ses îles mais aussi aux prises avec les difficultés de la jeunesse locale, marquée par les blessures de l'histoire des Marquises et par la misère qui touche une génération sans avenir. Tepano découvrira aussi que le souvenir de sa mère, si mystérieuse sur son passé, est toujours bien vivace, ici, aux antipodes.
Luc Dagonet
Editeur : Do Réserver ou commander
"Tout s'est conjugué en cet instant, l'air de la nuit, la liberté, la mort récente, l'histoire de Killian Murray, la mélodie de la guitare. J'étais figé contre le muret de pierre du jardin, les muscles du visage lâchés. Puis une voix a chanté. Quelques mots dont je n'ai pas réussi à saisir la langue ni le sens, mais que j'ai fredonnés pendant de nombreuses années. C'était sublime. Quelqu'un s'est levé et a fermé une fenêtre. La guitare s'est tue. Seulement alors, j'ai entendu que ma grand-mère me cherchait sous l'auvent, de l'autre côté de la maison."
Scarborough, c'est l'histoire d'un professeur d'anglais dont la vie devient de plus en étrange depuis qu'il a entendu un enregistrement musical qu'il pense ensorcelé. Composé tout autant de mystères, d'obsessions et d'humour, ce roman de Luc Dagognet est surprenant, salé, poivré, et singulier ! C'est un livre à l'écriture libre qui aime les hasards et les accidents, les sorties de piste, l'ironie. Et même Michel Sardou y meurt dans d'atroces souffrances, c'est dire !
