Sélène et Orna sont deux soeurs. Tandis que Sélène vit en couple et enseigne à l'université les problématiques environnementales, Orna est célibataire et journaliste. Modé est d'origine sénégalaise, en France depuis longtemps et à l'aube d'une nouvelle période de sa vie, la retraite. Pavel est psychanalyste, séparé de sa femme et leur fille est en garde alternée. Hope est une jeune femme en quête d'identité, plutôt rebelle tandis que Mehdi, fils de la femme de ménage de Pavel, est en train de sombrer dans le fanatisme religieux. Tous sont à un moment de leur vie où ils doivent opérer des changements pour être de nouveau en accord avec eux-mêmes.
Durant une année tous ces personnages vont se croiser et créer des liens dans le quartier de Belleville à Paris.
Avec Les lois de l'ascension Céline Curiol tisse une toile d'araignée serrée et dense qui embrasse bien des problématiques actuelles. Un livre très intéressant et des personnages attachants.
Alexandra Matine
Les Avrils, 249 p., 19 €
Esther attend ses enfants et ses petits-enfants pour le déjeuner, elle a dressé une belle table sur la terrasse, mis une nappe blanche pour l'occasion. Car cela fait très longtemps qu'ils n'ont pas été réunis. Sa famille, pour Esther, c'est son oeuvre, la toile qu'elle a patiemment tissée, sa tapisserie secrète composée "de milliers de petits noeuds délicats dont parfois un, malgré elle, se brisait tic, comme une fourmi qu'on écrase." Esther est sans doute la seule à avoir envie de cette réunion familiale...
Les grandes occasions creuse avec une lucidité qui ne manque pas d'être cruelle le sujet de la famille dans ce qu'elle peut avoir de plus nocif. Impitoyable mais jubilatoire.
A 10 ans, Max Denyer, dont le père a une importante situation à l'étranger, entre comme pensionnaire dans un établissement en Angleterre, fréquenté par la bonne société traditionnelle. Il y découvre un monde fait de châtiments corporels, de punitions arbitraires et de rapports ambigus sous une façade d'honorabilité. Il y noue aussi des amitiés profondes. Il n'y restera que trois ans avant de rejoindre sa famille.
Quelques années plus tard, il renoue avec ses amis de l'époque et découvre une autre facette de ces abus dont il n'avait pas conscience à l'époque. Ne serait-il pas temps de tout révéler?
Sur un thème douloureux, James Scudamore écrit un livre bouleversant sur la nécessité et la difficulté de dénoncer, tout en offrant un beau portrait de l'amitié.
C'est un étrange destin qu'a connu ce roman, paru en Italie en 1973, édité trois fois, épuisé autant de fois, recherché par les connaisseurs sur les étals des bouquinistes, et enfin traduit et édité en français en 2021.
Et c'est un enchantement : enchantement de déambuler dans la Rome des années 60, celle de la Dolce Vita, de ses rues, ses bars, ses places, son fleuve, en suivant les pérégrinations de Leo Gazzara, journaliste à la dérive, sans ambition, sans argent, entre déboires sentimentaux, échec, alcool et résignation tranquille ; enchantement de l'écriture également, nostalgique, légère et désespérée à la fois.
Plus d'informations sur ce coup de coeur ici.