Michel Moutot
Seuil, 492 pages, 21€50
Séquoias est un grand roman d'aventures dans lequel on se laisse embarquer avec plaisir aux côtés des chasseurs de baleines de la baie de Nantucket et des chercheurs d'or de Californie. Entre les deux, c'est tout un continent qui s'interpose. Pourtant, après avoir chassé les géants des mers, Mercator Fleming fera fortune en exploitant les géants des forêts de la Côte Ouest. Tout commence par un drame : le capitaine Fleming, intrépide chasseur de baleines meurt dans l'incendie du port de Nantucket. De la fortune familiale il ne reste que le baleinier, le Freedom, dont hérite Mercator et ses deux jeunes frères. Les entrepots, la fabrique de bougies, les réserves d'huile de baleine, tout est parti en fumée. Accablé par les dettes, Mercator décide d'entreprendre un pari fou. Il entraîne ses frères pour un grand voyage, à l'autre bout du pays, en Californie où la fièvre de l'or a attiré des dizaines de milliers de personnes en quête de fortune. De la fuite de Nantucket à l'arrivée dans la baie de San Francisco en passant par le terrible Cap Horn, les frères Fleming et les passagers qu'ils ont embarqués devront affronter biens des obstacles. Au bout du chemin ils espèrent tous trouver l'Eldorado. Pourtant leurs fortunes seront diverses...
Carlo Lucarelli, trad. de l'italien
Métailié, 190 pages, 18€
Carlo Lucarelli poursuit son exploration de l'Erythrée au temps où ce petit bout d'Afrique était une colonie italienne. Le capitaine des carabiniers royaux, Colaprico, est appelé dans la petite communauté d'Afelba où une curieuse succession de suicides commence à inquiéter les autorités locales. Les trois premiers pendus, des indigènes, n'ont guère ému le petit détachement de militaires italiens en poste dans la région. Mais lorsque c'est le marquis Sperandio, l'un des plus grands propriétaires terriens, qui est pendu, l'affaire prend une toute autre ampleur. Accompagné de son fidèle complice, Ogba, un abyssin qui sait écouter et qui n'a pas son pareil pour analyser les situations, Colaprico va silloner à dos de mulets cette région de terre rouge où colons et indigènes vivent côte à côte sans vraiment se côtoyer. Tout aussi réussi que La huitième vibration et Albergo Italia, Le temps des hyènes est une plongée saissante au coeur de l'Afrique de la fin du XIXe siècle.
Jane Harper, trad. de l'anglais
Calmann-Levy, 425 pages, 25€
Aaron Flak, agent fédéral au sein de la brigade financière, est de retour à Melbourne après une enquête particulièrement éprouvante dans sa ville natale (Jane Harper, Canicule, Livre de Poche). Sa coéquipière et lui sont sur une nouvelle affaire qui semble bien plus calme que la précédente. Les dirigeants d'un cabinet d'affaires sont soupçonnés de blanchiment d'argent à grande échelle. Plusieurs services de police tentent de faire tomber les têtes du trafic. Aaron Falk peut s'appuyer sur une employée du cabinet, Alice Russel, qu'il a pu convaincre de lui fournir dans la plus grande discrétion des dossiers compromettant sur ses patrons. Il ne reste que quelques documents à obtenir et l'affaire sera bouclée. C'est le moment que choisit le cabinet pour organiser un team-building censé resserrer les liens entre les employés. Tous partent pour quelques jours de trek au beau milieu du bush. Mais le groupe dans lequel se trouvait Alice s'est perdu. Ses collègues réapparaissent épuisées, effrayées et blessées, seule Alice manque à l'appel. Que s'est-il passé dans cette forêt ? Où es Alice ? Les équipes de recherches se mettent en action. Falk et son équipière se joignent à elles, au coeur d'une nature hostile et dangereuse. Le temps tourne, il faut retrouver Alice.
Lize Spit, trad. du néerlandais (Belgique)
Actes Sud, 421 pages
Ils sont trois, on les appelle les trois mousquetaires, trois enfants à être nés en 1988 dans le petit village flamand de Bovenmeer. Ils ont l'habitude de tout faire ensemble, se connaissent sur le bout des doigts. Arrive l'adolescence et les jeux innocents prennent une tournure nettement plus trouble.
C'est un roman extraordinaire, mais extrêment dur et dérangeant, à la limite du supportable parfois : Lize Spit, née en 1988 elle aussi dans la région d'Anvers, capte de manière très réaliste l'atmosphère lourde de ce village ordinaire des Flandres. La construction du récit fait aussi monter la pression : le lecteur suit deux histoires en parallèle. La narratrice, Eva, seule fille du trio, raconte les événements d'un été caniculaire de son adolescence, qui semblent avoir été traumatisants. Dans d'autres chapitres, on suit Eva qui retourne bien des années plus tard, un énorme bloc de glace dans son coffre... Le malaise augmente, quelque chose semble sur le point d'éclater. Et le final laisse en effet pantois. Un livre-choc dont on ne sort pas indemne.
