Dahlia de la Cerda
Traduit de l'espagnol (mexique) par Lise Belperron
Editeur : Editions du Sous-sol Réserver ou commander
« Mexico Médée » est un livre de colère profondément politique, nerveux. Dans ce recueil de nouvelles, les mots, furieux sont charriés sur la page, des voix s’engouffrent en totale liberté pour dire la violence au Mexique, le narcotrafic, le sort des femmes, le monde gangréné, et nulle place, finalement, pour l’enfance et les enfants.
Danger d’être une femme, danger d’être une femme enfantant, danger d’être une fille, danger d’être un enfant. D’une ligne à l’autre, on passe de vivant à cadavre. La figure de Médée qui parcourt l’ensemble des nouvelles (qui forment au final une vraie unité) est très puissante. Elle est là, elle couve, menace, aide, excave, brusque. Retire et enfante en même temps.
Un recueil de nouvelles qui résonne fort et qui se lit d’une traite.
« Moi j’en avais marre d’être la femme du processus, de partager l’addition pour qu’ensuite on me trahisse avec ma meilleure amie. J’en avais ras le bol de baiser dans une mojo dojo casa house, entre un matelas plein de pisse et des restes de malbouffe. J’en avais ras le bol d’être un soutien émotionnel, un soutien académique, un soutien économique, un soutien sexuel, et qu’on me quitte pour une autre, qu’on me mette les cornes, qu’on ne prenne pas de décisions, qu’on ne prenne pas soin de moi. J’en avais ras le bol. Ras-le-bol d’être la femme du processus. »
Louis Adran
Traduit du français par
Editeur : Cheyne Réserver ou commander
« Mais je ne me souviendrai de rien »
Dans « Nu l’été sous les fleurs » (précédé de « Traquée comme jardin ») de Louis Adran (pseudonyme d’Alexandre Valassidis), quelque chose a été et a disparu : un lieu, un paysage, un souvenir, un amour. Tout n’est que surgissement, effleurement, vapeur, doute.
Ses poèmes sont innervés par le fugitif, l’incertitude et le livre dans son entièreté, inlassablement, cherche tout à la fois son point d’ancrage et son point de fuite. Il questionne la matérialité du souvenir.
Les linges, foulards, robes, jupons, pansements, ou bien des baisers ont marqué des peaux.
La nature, les animaux, les couleurs ont marqué des pupilles. Et la main ? elle tente d’écrire (son terrain vague entre autres), de retenir, pour finalement renoncer (« je n’écrivais pas, je n’écrivais rien). Et pourtant, il y a ce recueil, plein de présences fantômes, de phrases qui se taisent, ou qui renoncent, qui fuient. Les temporalités bougent sans cesse et coulent, ce qui a été présent a disparu ou a été détruit (l’effraction, la guerre) , le lieu de l’enfance peut-être (Baabda), ou le temps de l’amour, ou du chagrin. Les temps ne sont ni contenus ni retenus par le tracé d’une phrase. C’est diffus, aérien, vaporeux
C’est un livre qui semble n’être sur aucune rive : ni celle du passé, ni celle du présent, ni celle des vivants, ni celle des morts. On croit y lire une déchirure sous le voilage de ses phrases. La syntaxe est à ce sujet magnifique, tout en évanouissement et disparition. Lorsque le mot apparaît, il se blottit dans la gorge ou est déjà un souvenir évaporé. Mais l’absence, pourtant, est battante et pulse sur chacune des pages. Quelque chose attire, retient, amarre. Sans doute le mystère. Sans doute les interrogations. Sans doute les suppositions.
Nu l’été sous les fleurs, est un coffre-fort, tout à la fois passionnant et presque impossible à percer. Voici sa beauté.
Moira Millán
Traduit de l'espagnol par Amanda Prat-Giral
Editeur : Actes Sud Réserver ou commander
Dans Le train de l'oubli, Moira Millan nous raconte l'histoire du peuple Mapuche de Patagonie à travers le destin de cinq générations de femmes confrontées à l'arrivée des colons européens bien décidés à s'accaparer leurs terres, à briser leurs croyances et à bannir leur langue. Alors que le Chemin de Fer avance inexorablement vers le sud, le territoire des Mapuches fond de plus en plus, ses habitants sont réduits en esclavage et leurs traditions bafouées. Lorsque Liam O'Sullivan, jeune irlandais chargé du chantier du train, découvre le sud de l'Argentine, il tombe amoureux de la région mais aussi de Pirenrayen, femme autochtone, descendante d'une lignée de résistantes dont la vie a été brisée par les Wingka, les Blancs venus coloniser ce bout du monde. Une formidable saga historique qui nous entraîne des confins du monde à l'Irlande, de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe, mêlant espoir et résignation, amour et trahison, modernité et savoirs ancestraux.
Sophie Boutière-Damahi
Traduit du français par
Editeur : Le bruit du monde Réserver ou commander
En 1987, Tania, adolescente, assiste impuissante au combat des ouvriers du chantier naval de La Ciotat menacé de fermeture. Son père, Marius, fait partie des irréductibles décidés à mener la lutte jusqu’au bout. Pour ce petit-fils d’immigrés italiens, le chantier naval c’est comme un deuxième foyer. Son père y travaillait, il y a fait toute sa carrière et rêvait de voir son fils Sacha suivre ses traces. Mais Sacha ne voulait pas de cette vie et a fui à Marseille, rompant les liens avec sa famille. Pour Marius, Sacha est un traitre, comme le fût à l’époque son oncle Arturo. En entendant ce nom prononcé avec mépris, Tania comprend que sa famille se déchire autour d’un secret, de non-dits, de rancœurs anciennes. Elle décide d’interroger son oncle Georges, lui aussi tenu à l’écart du cercle familial. Georges lui raconte alors l’histoire de ses racines depuis ses arrière-grands-parents partis d’Italie pour atterrir dans un quartier populaire de Marseille. Des années 1910 aux années 1990, ce roman foisonnant retrace la vie tumultueuse des familles Ricci et Nella, faite d’amour, de deuils, de joies et de peines. Une fois encore les éditions Le Bruit du Monde nous enchante avec ce premier roman de Sophie Boutière-Damahi.
