Jérôme Schmidt
Editeur : Notabilia Réserver ou commander
Jérôme Schmidt, depuis vingt ans, arpente le Japon, dans toutes ses dimensions, c’est aussi un passionné de Jazz qui se « sent investi de l’étrange et impossible mission de documenter les jazzkissa (qui ont vu le jour au Japon, principalement après la Seconde Guerre mondiale), ces cafés dédiés au jazz, à l’une de ses icônes, voire même à un seul disque, avant leur disparition totale. Car plus encore que d’être un livre sur le jazz (ce qu’il est aussi assurément), ses fervents admirateurs où ses musiciens, « Une prière pour John Coltrane » est un récit sur le temps, la disparition, le basculement, l’effacement. Chaque page se donne pour mission, avant qu’il ne soit trop tard, de saisir quelque chose qui a existé et qui bientôt peut-être n’existera plus. L’auteur pénètre dans un jazzkissa, et alors quelque chose se suspend, quelque chose se murmure ou se tait, quelque chose est là, mais tout comme les ombres, ou les fantômes, quelque chose marque mais fuit déjà. Et les pages de ce livre sont très belles : il y a une mémoire, une matière, un sillon sur un disque, des mains qui se joignent, des têtes qui se baissent et le recueillement se fait si réel, si présent. Et puis tout se fond parce que, bientôt, les fantômes seront là, mais plus les jazzkissas, promis à disparaitre. Tout fuit, tout est étrange (mais la ferveur n’est-elle pas toujours étrange ?) : Un fils parle à une tombe, dans laquelle repose son père fan de Coltrane, la carrière d’un génie du jazz peut ne durer qu’une décennie, des morceaux de musique, comme des chefs-d’oeuvre, ne seront joués qu’une seule fois, un enregistrement sera sauvé des limbes. Tout peut disparaitre et tout disparaît. Jérôme Schmidt questionne la nostalgie, la ferveur, il traque les traces, les photos, les gestes, les témoignages et les cendres (les pages sur Coltrane se recueillant à Nagasaki sont très belles). C’est cotonneux, on y est comme dans du velours, les ombres sont réelles et magnifiques.
C’est un livre qui ralentit le monde et c’est un coup de coeur.
Jeanine Cummins
Traduit de l'anglais (usa) par Christine Auché
Editeur : Philippe Rey Réserver ou commander
Rafaela a quitté Porto Rico pour suivre son mari américain dans le Missouri. Pour cette femme belle, flamboyante, issue de la bonne société portoricaine l’intégration dans une petite ville de banlieue blanche et conformiste est difficile. Ses enfants Benny et Ruth vivent différemment leur arrachement à leur île natale. Benny a du mal à maitriser l’anglais tandis que Ruth oublie facilement son espagnol. Ce déracinement entraînera la séparation du couple et des années de non-dits au sein de la famille. A 20 ans, Daisy, la fille de Ruth, souhaite se reconnecter à ses racines latinos et décide de s’installer à Porto Rico malgré l’hostilité de sa mère. Un ouragan dévastateur obligera la famille à enfin parler...
Sara Stridsberg
Traduit du suédois par Marianne Ségol
Editeur : Grasset Réserver ou commander
Assise dans le parc Berzelii, à Stockholm, Nina Stjärne pense à sa demi-soeur et à Panic Beach, la plage de leur enfance marquée par des jeux solitaires et l'ombre de leur père. Cent ans plus tôt, leur histoire familiale débutait là, faite de trahisons et de violence, de Stockholm à La Nouvelle-Orléans.
« Parfois, quand je vois mon reflet tremblant dans le petit étang devant l’hôtel-restaurant Berns, j’ai l’impression d’avoir un faon mort pendu autour du cou, mais dès que je bouge, il disparaît dans le mouvement de l’eau »
Nina Stjarne se remémore la plage éternelle de ses étés. Elle se souvient de sa demie-soeur, disparue depuis et des membres de sa famille, des astres noirs qui ont trahi, menti, abusé, bu, aimé, adoré.
C’est un roman où la moindre figure s’inverse, qui sont les enfants ? qui sont les adultes ? Où est la vie ? Où est la mort ? Où sont les noirs secrets ? Où est l’enfer ? Adieu Panic Beach, est empreint d’un chagrin infini, et parce que la peine est immense, ses phrases sont superbes. Elles suintent de beauté et de désespoir. Il y a des images belles et cruelles comme des couteaux, une construction qui tourbillonne et se resserre sur nous, lecteurs.
Constamment les frontières sont mouvantes, la vérité, les mensonges, les démissions, la liberté, la solitude. Le danger n’est jamais loin. L’atroce, les monstres, un père, la vie, pourtant, qu’il faut débusquer J’ai rarement lu des textes aussi beaux sur le thème de la culpabilité, l’ivresse, les fautes impardonnables. (« Je ne sais pas à quoi Matti fait allusion ce soir-là, mais parfois je me dis que c’est pour cela que les enfants font des choses terribles, c’est comme un rêve d’amour inconditionnel, faire le pire, puis être pardonné)
Les secrets sont noirs et piquants, et Nina est effrayée à l’idée de les rendre transparents. Cherche-t-elle la paix, la vie, des réponses ? Sa mélancolie est un vêtement qu’elle ne pourra jamais arracher.
"Adieu Panic Beach" est une splendeur.
Mélanie Sadler
Editeur : La tribu Réserver ou commander
Line est une jeune femme rebelle, anticonformiste, volontaire, déterminée bref une audacieuse pour son époque. Nous sommes à Paris au milieu du XIXe siècle et c’est dans cette ville bouillonnante, sous le nom de plume, Séverine, qu’elle veut devenir journaliste, métier réservé exclusivement aux hommes. Prête à tous les sacrifices, Séverine est bien décidée à informer ses concitoyennes, à infiltrer les réunions politiques, à couvrir les grands procès qui secouent son époque dont l’Affaire Dreyfus. Souvent moquée, entravée, calomniée, Séverine n’en reste pas moins debout et comme d’autres audacieuses de son temps elle ouvrira la porte à des générations de femmes.
