Bruits d’Anne Savelli et publié aux éditions Inculte est un texte fou, vertigineux, matriciel. Sur 370 pages, l’autrice va scander chaque minute d’une journée à travers les sons, les bruits d’une ville.
Qui aura la patience verra s’opérer sous ses yeux, par ses yeux, une curieuse et triple alchimie, celle de l’œil et de la phrase, du lu et de l’écrit, de l’écrit et de l’entendu. Le regard s’habitue, devient aussi hagard que le mot, aussi saturé que la phrase. Des bruits sont émis, se chevauchent, saturent l’espace de la ville et des pages. Ce qui est laissé à notre lecture et à notre écoute ? Le quotidien de travailleurs, d’une femme dans le coma, d’une petite fille abandonnée à elle-même, de flics, d’humains désolés et perdus, proches de la cessation, d’un chat et bien plus encore. Chaque être compose une partition, et cette partition dessine une géographie. C’est bouillant de bruits, mais ce n’est pas seulement du brio : dans ce livre, le bruit est politique, sociologique, littéraire, il dit quelque chose. Il est recherche. Il écrit le temps. Il nous dit que tout est peuplé, chaque interstice, chaque minute, chaque seconde et parallèlement, certains personnages frôlent l’invisibilisation. Cette dichotomie entre la saturation, le plein, et l’invisible, l’évanouissement, la désintégration, est véritablement passionnante. Les sons saturent l’espace, oui, des paragraphes se recollent, s’envolent, se remplacent, s’ignorent, s’amputent. Et soudain, aucune autre présence que celle des personnages en pleine recherche, devant lesquels nous nous effaçons, pour leur laisser la parole, pour entendre leurs maux, leurs pensées, leur solitude.
Grand mouvement littéraire et sonore.
Bruits
Anne Savelli
Traduit du français par
Editeur : Inculte Réserver ou commander
