Marc Trillard
Le Mot et le Reste, 360 pages, 24€
Envoyée par son quotidien en Nouvelle-Calédonie pour y couvrir des élections, la journaliste Gabrielle Neuville en vient à s'intéresser à l'archipel voisin, les Nouvelles Hébrides, théâtre lui aussi d'un scrutin important. Nous sommes en 1979 et les iliens sont amenés à se prononcer pour ou contre leur indépendance. Les Nouvelles Hébrides ? C'est à peine si la journaliste peut les placer sur une carte. Elle sait encore moins que Français et Anglais s'y partagent le pouvoir et que l'opposition entre les deux camps est féroce. Elle y découvrira aussi une étrange secte, les John From, qui voue un culte aux cargos américains. Marc Trillard nous fait découvrir cette poignée d'ilots perdus dans l'Océan Pacfique que l'on connait aujourd'hui sous le nom de Vanuatu. En suivant les pas de Gabrielle, l'on sillone cette terre inconnue et on en découvre la passionnante histoire.
À Vancouver, en 1991, Ai-ming, jeune femme fuyant les répressions suite au soulèvement de la place Tian'anmen, est accueillie chez Marie, 10 ans, et sa mère. Entre elles se noue un lien très fort. En discutant avec Ai-ming, Marie se rend compte des liens qui unissent leur famille et que connaitre leur histoire commune pourra lui en apprendre plus sur son père qu'elle a peu connu. Des années plus tard, Marie se lancera dans cette quête de vérité. L'on remonte alors au temps de la Révolution culturelle quand leur deux familles étaient très liées. Jiang Kai, le père de Marie, était un pianiste célèbre tandis que son ami, le père de Ai-ming, se consacrait à la composition. Mais à l'ère du "Grand Bond en avant", la musique est une activité bien trop égoïste donc bourgeoise pour ne pas être réprimée...
Ce roman ressemble à un grand fleuve profond, puissant, plein de méandres, dans lequel il faut se laisser emporter, sans trop chercher à en maîtriser le cours. Il y a d'abord tous ces personnages modestes et attachants aux noms fleuris - Ours volant, Oiseau du silence, Ai-ming, Ba-luth, Pinson, Grand-mère Couteau, leurs vies mouvementées, entrelacées, soumises à la brutalité d'un régime autocratique. Il y a cinquante d'histoire chinoise, de la Révolution culturelle aux manifestations de la place Tian'anmen, cinquante ans pendant lesquels, sous prétexte de créer un Homme Nouveau, le régime brise les êtres, crée le malheur et les cataclysmes. Il y a la musique qui traverse tout le roman, avec une extrême érudition; la musique, cette passion qui anime tous les personnages, les fait vibrer et rester humains, et que pourtant ils ne peuvent vivre pleinement. Il est aussi question d'un manuscrit Le livre des traces, que l'on se passe de génération en génération, qui semble renfermer mille vies, fictives ou réelles, dont on sème des copies pour laisser des messages destinés aux amis partis aux camps de rééducation. Il y a de l'humour, de l'amertume aussi, du lyrisme et de l'effroi.
Madeleine Thien tisse une toile vibrante entre l'intime et le grande Histoire dans cette vertigineuse quête des origines, questionnant aussi bien le pouvoir de la musique, la force de la mémoire, la soif de liberté, que la cruauté du destin, les racines familiales, la résilience, le tout d'une écriture fluide, poétique, mélodique.
Danya Kukafka, trad. de l'anglais
Sonatine, 340 pages, 22€80
Qui a tué Lucinda Hayes, lycéenne charismatique, aimée de ses professeurs et de ses camarades ? Les récits de trois personnages viennent nous éclairer sur les dernières journées de l'adolescente. Ainsi, trois proches de la victime se font entendre : Cameron, son voisin, un adolecent perturbé, obsédé par Lucinda, Jade, une jeune fille au comportement étrange, jalouse de son ancienne amie et Russ, un flic désabusé, dont le beau-frère est l'un des principaux suspects. L'alternance de ces trois voix brosse le portrait d'une petite ville du Colorado où le mal peut surgir de l'inattendu.
Les librairies Initiales ont dévoilé le lauréat du Prix Mémorable 2019 !
Cette année, La peau dure de Raymond Guérin (éditions Finitude),
gros coup de coeur de notre équipe, a été primé par les libraires de notre groupement.
Nous empruntons ici un texte à nos amis de la librairie Lucioles afin de vous le présenter : "Les romans de Raymond Guérin font de lui comme il l'a dit lui même l'humble serviteur de la condition humaine. Il a mis sa plume lumineuse, réaliste, souvent très ironique au service des gens de peu, des laissés pour compte de la société. La peau dure est un texte bref, âpre, puissant, une pierre lancée dans la mare du patriarcat français d'après-guerre. Les héroïnes de ce roman sont trois sœurs, malmenées, fragiles et fortes aussi qui doivent affronter avec leur seul courage la violence des hommes, la violence de l'institution, le poids d'une morale misogyne et phallocrate.ÂÂ Ce livre écrit en 1948 est brûlant d'actualité, c'est un ouvrage nécessaire face aux coups de boutoirs de la pensée réactionnaire."
