« Souvent les oeuvres des architectes sont comme une voix puissante et brillante, qui chante à pleins poumons. Mais les réalisations du maître, elles, ont plutôt une voix discrète, presque un murmure, et se moquent bien de savoir si elles seront entendues ou non. Une petite chose, qui renfermerait une voix plus petite encore »
Tokyo, début des années 1980. Tôru Sakanishi, apprenti archhitecte, intègre la prestigieuse agence Murai. Comme chaque année à l'approche de l'été, l'équipe quitte la capitale nippone afin de rejoindre Kita-Asama, un village situé au pied d'un volcan en ébullition. Ensemble, les architectes travaillent sur un appel d'offres pour la conception d'une bibliothèque nationale à Tokyo.
Il y aurait un nombre incalculable d’adjectifs pour qualifier ce roman japonais de Masashi Matsuie. Elégant, calme, radieux, lumineux… Nous suivons les premiers pas d’un jeune architecte et à travers lui, c’est une époque, un métier, une façon de regarder et de penser qui jaillissent sous nos yeux.
Chacun des chapitres de ce livre est à la fois discret et immense car jamais l’auteur n’oublie le romanesque (le concours d’architecte, les doutes, une époque qui tremble et peut-être bascule, un volcan qui gronde, la nature qui bruisse) ses personnages en constante évolution (le maître, ses collaborateurs, les voisins) et surtout c’est un roman qui infuse des idées à la fois simples et extraordinaires (les mains qui travaillent, créent, jardinent, cuisinent, conduisent), un rapport au monde, à notre foyer, à la sensualité. Jamais je n’aurais cru que je pourrais me passionner pour des poignées de porte, une hauteur de plafond, un pupitre de lecture, des crayons bien taillés, la façon dont on peut passer les vitesses d’une vieille R5 !
C’est réellement une merveille de livre, une ode à l’artisanat, au temps, à ce que l’on en fait et comment on le perçoit, à la beauté (une beauté qui serait là sans bruit), à l’architecture bien entendu, à l’exigence, à la rigueur, au travail qui peut ne pas en être, à ce qui traverse le temps et perdure.
C’est un grand grand coup de coeur.
« On parle souvent de l’endroit où l’on mange, dort et vit, et ce n’est pas pour rien. On devrait considérer ces mots comme indissociables. Si on ne s’intéresse qu’à l’endroit où on vit sans se soucier du « manger » et « dormir », alors on ne fait que fabriquer une coquille. C’est pour ça que je ne fais pas confiance aux architectes qui ne cuisinent pas. On ne peut décemment pas confier la conception d’une maison à un architecte qui ne s’occupe ni de la cuisine, ni de la lessive ou du ménage. »
