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Sergio Del Molina
Traduit de l'espagnol par Eric Reyes Royer
Editeur : Editions du Sous-sol
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heureviolette« À la maison. Comme elle est loin, la maison. Si seulement je pouvais savoir, non plus quand, mais si nous pourrons y retourner un jour. J'échoue à leur faire comprendre que notre avenir ne va pas plus loin qu'un ou deux jours. C'est ce que nous avons pour tout horizon. Au-delà sont les monstres. Le calendrier est pour nous aussi mystérieux que les blancs dans les cartes du Moyen Âge. La semaine prochaine est une contrée lointaine, et le mois à venir, un continent inexploré. Trois mois nous projettent dans le cosmos, sous les lunes de Jupiter ou bien au-delà de l'infini. »

Il y a des livres discrets, intelligents et courageux. Parler de « L’heure violette » (ed. Du sous-sol) de Sergio Del Molino, c’est le faire sur la pointe des pieds. Comment dire le chagrin, la maladie, et la mort, surtout celle d’un enfant ?

L’auteur espagnol parle de la douleur, la sienne et celle de Pablo, son petit garçon, des traitements, de l’attente, des montagnes que l’on gravit et des avalanches que l’on subit, celles qui emportent, détruisent et ôtent tout espoir. Comment parler de maladie - la leucémie- sans jamais renier l’enfance, ses jeux, ses joies, ses espérances ? Comment respecter l’enfant et dire pourtant sa souffrance ? Faut-il en parler, la représenter ?

Ce texte est un modèle de pudeur et de sobriété.

L’heure violette est d’une justesse implacable et parce qu’il est juste, il rejoint la beauté, celle des endeuillés, Parce que chaque phrase, où tout est bousculé par les tremblements, la peur et le chagrin, est debout et droite. Pourtant le vent souffle, mais ce texte est un roseau, il ploie mais ne rompt pas. Il n’est pas condescendant, il est précis, il réfléchit, en particulier sur le rapport entre littérature et maladie. Il questionne : que fait-on avec les archives de la maladie, de la douleur ? Il s’arrête à temps. Il s’arrête là où les mots ne peuvent pas dire, ne pourront plus dire, jamais.

On pensera à Pablo, longtemps, comme on le fait depuis des années avec les tombeaux littéraires dressés par Bernard Chambaz (son fils, Martin dans Martin cet été) ou Philippe Forest (sa fille Pauline, dans la majorité de ses livres).
« Je suis ma peine, et ma peine, c’est toi »