
Plus loin qu’ailleurs (Chabouté, Editions Vents d’Ouest) Voilà un roman graphique qui nous parle d’évasion, de solitude et de rêves silencieux. A travers le parcours d’Alexandre qui devait voyager jusqu’en Alaska et qui finit immobilisé à hôtel, Plus loin qu’ailleurs dit magnifiquement le regard que l’on porte sur les gens et les choses, et évoque notre sens de l’observation, notre écoute.... « Partir en restant »... le premier voyage n’est-il pas d’abord intérieur ?
La nuit retrouvée (Pénélope Bagieu et Lola Lafon. Editons Gallimard BD) : Au coeur de la forêt des Landes, dans l'intimité d'une nuit d'été, une mère de famille, la cinquantaine, confie à sa fille un secret... Sensibilité, finesse psychologique, humour tendre... Lola Lafon et Pénélope Bagieu conjuguent leurs talents dans un récit où l'émotion naît de la justesse. C’est chaleureux, généreux, admirablement croqué. On adore !
Danser avec le vent (Emmanuel Lepage. Editons Futuropolis) : Novembre 2022, Emmanuel Lepage embarque pour les îles Kerguelen. Invité par Christophe Guinet, responsable des programmes éléphants de mer, il souhaite rendre compte de leur travail sur place. Pour lui, c'est aussi l'envie de vivre le quotidien de ces reclus volontaires, soudés par la rudesse du climat, et qui inventent d'autres façons de vivre ensemble. Dans de magnifiques dessins qui représentent la nature, les animaux, ou lui-même, le dessinateur nous entraîne dans la vie de chercheurs confrontés à un climat extrême. On apprend beaucoup sur les méthodes de recherche sur le terrain. Splendide.

La guerre des voisins (Mikkho. Editions Dargaud) : Et si l’humanité était un immeuble ? Une bd documentaire malicieuse et intelligente pour mieux nous expliquer la géopolitique. Si vous souhaitez améliorer votre compréhension des enjeux actuels (et il y en a !), La guerre des voisins est parfait pour vous ! Très instructif !
Libres d’obéir (Johann Chapoutot et Philippe Girard. Editions Casterman) : Sur un sujet audacieux – le management moderne aurait à voir avec la pensée de l’organisation nazie, cette bd documentaire pose des questions essentielles et nous confronte à la fois à notre époque et à la grande Histoire. En la lisant, vous aurez l’esprit en mouvement et c’est salutaire en 2025 !
Palmer dans le rouge – Une enquête au bord du Médoc (Pétillon et Larcenet. Editions Dargaud) : Chargé de retrouver Bénédicte, l’héritière du domaine viticole Grolo-Laglotte (!!) sur le point d’épouser un riche américain et de renflouer ainsi les caisses familiales, le détective aussi obstiné que maladroit Jack Palmer plonge dans les méandres de la région bordelaise avec ses vins, ses gens au fort caractère. Réjouissante, hilarante et dotée de dialogues brillants, cette BD est un pur moment de plaisir !

La dent : la décolonisation selon Lumumba (Pierre Lecrenier et Nicolas Pitz. Editons Glénat) : La dent retrace le destin tragique de Patrice Lumumba, figure clé de la décolonisation du Congo. Le récit s’ouvre sur un mercenaire belge qui exhibe en 2001 deux dents arrachées de la mâchoire de Lumumba, symbole absolument glaçant d’une histoire coloniale violente. Grâce à une écriture précise et des couleurs lumineuses, cette BD permet d’éclairer cette figure brisée de l’histoire. Passionnant.
Vieille (Delphine Panique. Editions Misma) : Avec « Vieille », on croit suivre l’existence d’une dame très très âgée, sorte de tatie Danielle au caractère bien trempé et puis la poésie, le rêve et les réflexions philosophiques s’invitent dans les pages. La vieille pense à la vie qu’elle a menée, à la mort qui approche, à son corps, au monde qu’elle ne comprend plus et la Bd devient alors douce, tendre et profonde... parce qu’il y aura toujours les rêves d’amour et de voyage, même avant la mort.
La longue route (Stéphane Melchior et Younn Loccard. Editions Gallimard BD) : Le 22 août 1968, Bernard Moitessier et son bateau Joshua s'élancent dans la première course à la voile en solitaire et sans escale autour du monde. Au fil des mois, la solitude, les calmes et les tempêtes malmènent ou exaltent le corps et le moral du navigateur. Entre ciels et mers, l'exploit sportif se mue peu à peu en un voyage intérieur. Ce très beau roman graphique transforme l'épopée solitaire de Bernard Moitessier en une œuvre d'une puissance rare, entre récit d'aventure et quête spirituelle. Adaptée de l'autobiographie culte du navigateur, cette BD n'en fait pas une simple transposition, mais un véritable voyage graphique et intérieur.

Béril en bataille (Adèle Maury. Editions Sarbacane) : Un magnifique récit sur la famille, l’amitié, l’imagination qui soigne et sauve, le temps qui passe, les responsabilités et les choix de vie. Un roman graphique aussi léger que profond. Harmonieux, tendre, c’est un vrai coup de cœur !
La montagne (Valfret. Edtions Fremok) : La Montagne raconte la quête de sens d’un adolescent dans un monde et une famille rurale qui meurent à petit feu, son manque de perspectives dans une société destructrice et autoritaire... Des illustrations somptueuses et un texte d’une qualité inouïe : on adore ce roman graphique qui se balade à travers les paysages, la langue, l’ironie, l’humour et la poésie. Une œuvre singulière !
Les gorilles du Général (Xavier Dorison et Julien Telo. Editions Casterman) : 1959. Dans un contexte politique délétère, le Général de Gaulle est rappelé au pouvoir afin de résoudre « la crise algérienne ». Pour sa protection, il compte sur quatre hommes, qui resteront tout au long de son mandat ses seuls gardes du corps. On les surnomme les gorilles du Général. Mêlant l'intime à la grande Histoire, Xavier Dorison dresse ici le portrait de ces hommes, prêts à tout pour le garder en sécurité. Un formidable thriller politique !

Silent Jenny (Mathieu Bablet. Editions Rue de Sèvres) : Dans un futur lointain, les humains arpentent des paysages stériles à bord de vaisseaux-villages motorisés, appelés des monades, suite à la disparition des insectes pollinisateurs. Jenny vit dans l'un de ces vaisseaux-villages, et est déterminée à collecter les dernières traces ADN d'abeilles dans l'espoir de retrouver le monde d'avant. Une bd futuriste ample et dense pour mieux mettre en lumière nos préoccupations environnementales d’aujourd’hui.
Soli Deo Gloria (Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour. Editons Dupuis) : Jumeaux talentueux, Hans et Helma traversent le XVIIIe siècle en cherchant leur salut dans la pratique de la musique. Guerre, pillage, famine, épidémie, violence, de l'Allemagne pauvre etrurale aux somptueux palais italiens, rien n'est épargné à ces deux enfants qui grandissent et réussissent à s'émanciper de leur condition grâce à leur travail acharné. Une magnifique BD historique qui rend hommage à la musique baroque et un travail graphique stupéfiant (somptueux noir et blanc où les notes et les mouvements s’invitent dans les cases).
Gen aux pieds nus (Tome 1 et 2, Keiji Kanazawa. Editions Le Tripode) : Hiroshima, 1945. Un petit garçon, Gen, et sa famille tentent de survivre tant bien que mal malgré la famine et la désolation. Entre horreur absolue et réflexes de survie parfois inavouables, la rage de vivre est pourtant bien là. Quatre-vingts ans après le bombardement d’Hiroshima, les éditions Le Tripode, décident de publier une nouvelle traduction du manga, Gen d’Hiroshima, le classique signé Keiji Nakazawa. Une œuvre autobiographique à forte charge mémorielle, à ranger non loin de Maus d’Art Spiegelman. Un chef d’œuvre absolu.

Moonlight express (Clerisse et Smolderen. Editions Le Seuil) : Noël 1946. Berlin n'est plus qu'un champ de ruines, où le jazz résonne comme un souffle de vie dans le chaos. C'est là que le sergent Norman Bold accueille Clarisse d'Arcier, jeune Française éperdument amoureuse du lieutenant Jay Johnson, son ami et collègue. Tandis que les deux soldats préparent une périlleuse mission de récupération d'oeuvres d'art spoliées par les nazis en zone soviétique, Clarisse débarque, bien décidée à comprendre pourquoi son amant ne répond plus à ses lettres... Thierry Smolderen tisse un récit à tiroirs, sinueux et fascinant, qui mêle la noirceur du polar d'espionnage à la nostalgie des grandes love stories hollywoodiennes. de Berlin à Los Angeles, des années 40 aux années 60, les destins se croisent, s'éloignent, se perdent. Une trépidante aventure à la fois intime et romanesque aux couleurs chatoyantes.
L’amour et la vermine (Will McPhail. Editions 404) : L’amour, le quotidien, nos incohérences, ce recueil de dessins de WillMcPhail pour le New-Yorker est un régal de dérision et d’humour. On rit beaucoup !
Islander (Caryl Ferey et Corentin rouge. Editions Glénat) : Après une série de catastrophes, les réfugiés de toute l’Europe s’amassent au port du Havre, lieu de transit vers l’Islande, encore épargnée. Liam, qui a déjà tout perdu, tente sa chance en volant le pass d’une migrante... Pour les amateurs de suspense et d’action, cette BD, au récit mené tambour battant et au graphisme dynamique est un must !
Le geste, la patience, la maîtrise, la transmission, l'innovation, l'audace, la passion ; autant de termes que l'on retrouve dans les livres sélectionnés ici et parlant de l'art sous toutes ses formes : artisanat, photographie, peinture, ...

Tissus (Edith Pauly, EPA, 60€): Edith Pauly nous embarque pour un voyage dans le monde fascinant des tissus aux formes, techniques et aux couleurs infinies. Richement illustré et très documenté, ce livre sera une somme précieuse pour tous les amateurs et un enchantement pour les curieux.
Le tour du monde du papier : créations, savoir, boutiques (Julie Auzillon, Pyramid, 35€) : Relieuse d'art passionnée, Julie Auzillon nous entraîne dans un tour du monde à la découverte du papier sous toutes ses formes. Ponctué de précieuses informations sur l'Histoire, les techniques, les spécificités culturelles, ce voyage nous fait découvrir des ateliers d'artistes contemporains pour qui le papier est une source d'inspiration infinie.
Le café de Van Gogh (Bernadette Murphy, Actes Sud, 25€) : Bernadette Murphy connaît très bien l'univers de Vincent Van Gogh. Pendant sept ans, elle a enquêté sur les événements du 23 décembre 1888, lorsque le peintre s'est coupé l'oreille. Dans "L'oreille de Van Gogh. Rapport d'enquête" publié chez Actes Sud en 2017, elle avait livré le récit des ses années de recherches digne d'un roman policier. Dans ce nouvel ouvrage, elle poursuit son étude sur les relations de Van Gogh à Arles en évoquant une dizaine de modèles ayant posé pour le peintre. Des anonymes dont les portraits sont aujourd'hui admirés par des millions de visiteurs dans les plus grands musées du monde.

Voyage dans le monde du parfum. Le musée des senteurs (Mandy Aftel, Nuinui, 35€) : Poursuivons nos pérégrinations autour du globe en nous intéressant à présent au monde secret des parfums. Mandy Aftel, parfumeuse de renommée internationale, nous propose un ouvrage particulièrement intéressant qui nous révèle tous les secrets des fragrances envoûtantes.
Le roman des artistes. Volume 1 : Romantismes (Dan Franck, Grasset, 24€10) : Dan Franck nous avait enchantés avec sa trilogie "Le temps des Bohèmes" mettant en scène le Paris bouillonnant de Picasso, Braque, Modigliani, ... Voici le premier volume d'une nouvelle série qui comportera quatre tomes et qui nous racontera la vie artistique et littéraire de 1820 à 1885, période marquée par les révolutions de 1830, 1848 puis la Commune. Absolument passionnant.
Curieux Musées : Collections insolites du monde entier (Patrick Braud, Dunod, 29€15) : Partout dans le monde, il y a de grands musées dont la visite est incontournable lorsqu’on a la chance de déambuler dans leurs parages, mais il y a surtout un nombre incalculable de petits musées insolites par leur architecture, leur thématique, leur collection, leur histoire dont la visite laisse souvent un souvenir impérissable. C’est à ces lieux originaux que Patrick Braud consacre cet ouvrage drôle et intrigant.

Les Arts moghols (Corinne Lefèvre, Citadelles & Mazenod, 185€) : On connaît la qualité des ouvrages édités par Citadelles & Mazenod et ce dernier opus consacré à l'art moghol est dans la lignée des grands titres de la collection. Un collectif de spécialistes internationaux dresse un panorama complet de l'art sous l'empire moghol (1526 – 1857). Magnifique et captivant.
Figures du fou : du Moyen Age aux romantiques (Collectif,Gallimard, 45€) : Catalogue de l'exposition qui se tient au Musée du Louvre jusqu'au 3 février 2025, Figures du fou. Du Moyen Age aux Romantiques est un album richement illustré, au texte très documenté. Présentant plus de 300 œuvres aussi diverses que des sculptures, des enluminures, des médailles, des tapisseries qui toutes illustrent la figure du fou, personnage central de l'iconographie médiévale.
Le Ciel des peintres (Daniel Bergez, Citadelles & Mazenod, 65€30 ) : Comment représenter le ciel, son infinité, sa lumière, sa profondeur, ses couleurs ? Du Moyen Age à l’Époque Contemporaine, Daniel Bergez a étudié les œuvres de plus de 80 peintres et nous présente un parcours thématique étonnant, riche en réflexions esthétiques, techniques, philosophiques, spirituelles, scientifiques.

Les femmes photographes sont dangereuses (Laure Adler et Clara Bouveresse, Flammarion, 29€90) : Laure Adler poursuit sa passionnante série sur les femmes déclinée depuis plusieurs années sur diverses thématiques en se penchant, cette fois, sur le destin des femmes photographes. Plus de 60 artistes sont présentées, des pionnières aux contemporaines.
Caillebotte : peindre les hommes (Collectif, Hazan, 45€20) : Tout le monde connaît le célèbre tableau "Raboteurs de parquet", peint par Gustave Caillebotte en 1875, mettant en scène des ouvriers en plein travail. La figure masculine est au centre de l’œuvre du peintre auquel le Musée d'Orsay consacre une importante exposition jusqu'au 19 janvier 2025.
Le geste créateur. L'esquisse dans les collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (Collectif, Musée Royaux des Beaux Arts de Belgique, 55€) : Comme l’écrit Kim Oosterlinck, directeur général des Musées Royaux des Beaux Arts, dans son introduction : « L’exposition invite à la réflexion sur l’importance du rôle que joue l’esquisse dans la création artistique (…). Elle met en avant la diversité de formes que les esquisses peuvent prendre (…). ». On retrouve dans ce catalogue toute l’originalité de cette exposition qui se tient jusqu’au 16 février 2025.
Il faudra faire de la place sous le sapin !
Cette année, les historiens nous ont gâtés avec des pavés plus passionnants les uns que les autres où l'humain, le divin et la nature occupent des places centrales. Des heures de lecture enrichissantes à l'horizon !

Histoire de la Mer (Alessandro Vanoli, trad. de l'italien, Passés Composés, 26€) : Écrire une histoire de la mer, voilà un programme ambitieux. C'est pourtant ce qu'a brillamment réussi Alessandro Vaneli en nous contant les relations entre l'homme et la mer, des premières civilisations au monde moderne. Mythologie, commerce, exploitation, conquêtes, études, menaces, autant de thèmes abordés dans cet ouvrage captivant.
Les métamorphoses de la Terre : l'humanité et la nature, une nouvelle histoire du monde (Peter Frankopian, trad. de l'anglais Tallandier, 31€90) : Peter Frankopian, auteur du best-seller Les Routes de la Soie paru aux éditions Nevicata et disponible en format poche chez Champs Flammarion, revient avec un ouvrage tout aussi passionnant. Dans cette somme épaisse, l'historien retrace l'histoire de la relation entre l'homme et le climat.
Le jardin des dieux : une histoire des plantes à travers la mythologie (Laure de Chantal, Flammarion, 35€) : Vertueuses, magiques, infernales, d'amour, les plantes avaient bien des pouvoirs et des secrets pour les Anciens. Cet ouvrage, magnifiquement illustré, nous fait découvrir 80 plantes, l'étymologie de leur nom et leurs relations avec la mythologie grecque ou romaine.

Imperator : une histoire des empereurs romains (Mary Beard, trad. de l'anglais, Seuil, 33€) : Après le très remarqué "SPQR : Histoire de l'ancienne Rome" paru chez Perrin en 2016 et disponible en format poche, Mary Beard nous propose une histoire des empereurs romains, loin des clichés habituels et de la galerie de portraits alignés chronologiquement. L'historienne s'attache ici à en décrire les attributs, le pouvoir, la cour, la symbolique.
Les Incas, XIIIe – XVIe siècle (Peter Eeckhout, Tallandier, 29€50): Peter Eeckhout est un archéologue belge, professeur à l'ULB, spécialiste des civilisations précolombiennes. Il publie ici un livre passionnant sur les Incas, dans lequel il partage avec nous les découvertes archéologiques les plus récentes qui battent en brèche la vision tronquée, basée sur les récits des colons européens, que nous avons de cette brillante civilisation.
La Babylone de l'Europe : Anvers, les années de gloire (Michael Pye, trad. de l'anglais, Nevicata, 25€) : Au XVIe siècle, Anvers a connu son âge d'or. La cité portuaire des Pays-Bas espagnols était le centre du monde tant sur le plan culturel qu'économique. Michael Pye retrace ces années flamboyantes et redonne vie aux marchands, artistes, banquiers qui en faisaient sa réputation à l'international.

Deux filles nues (Luz, Editions Albin Michel, 25€) : En 1919, dans une forêt de Berlin, le peintre Otto Mueller crée le tableau "Deux filles nues". Cette oeuvre d'art est emportée par les tribulations du temps avec des événements comme l'arrivée d'Hitler au pouvoir, la spoliation des biens juifs ou l'art moderne qualifié de dégénéré par le régime nazi. Luz adopte un incroyable point de vue, celui du tableau pour nous livrer un récit bouleversant et graphiquement superbe.
Ulysse et Cyrano (Stéphane Servain, Xavier Dorison et Antoine Cristau, Editions Casterman, 34€90) : Ulysse Ducerf va passer le bac. Les maths ne le passionnent guère, mais impossible de se défiler quand on est promis à un brillant avenir : l'École polytechnique puis la reprise, un jour, des cimenteries familiales. Telle est la volonté du père d'Ulysse, mais ce dernier est rattrapé par de graves accusations : 10 ans plus tôt, son entreprise aurait participé à l'effort de guerre allemand. La famille s'installe en Bourgogne, où Ulysse fait la connaissance d'un homme bourru et secret. Le choc est immédiat : Cyrano et la grande cuisine vont bouleverser à jamais la vie d'Ulysse... Ce récit culinaire dans la France des Trente Glorieuses mettra en appétit ses lecteurs tout en posant des questions aussi nécessaires qu'universelles : qu'est-ce que le plaisir ? Où se trouve l'épanouissement... et comment l'atteindre ?
Beyrouth malgré tout (Sophie Guignon, Chloé Domat et Kamal Hakim, Editions Steinkis, 20€) : Une remarquable bd-documentaire qui, à travers le parcours de Robert Sacy – un médecin libanais – retrace l’histoire du Liban, depuis les années 75 jusqu’à 2020. Un pays de paradoxes confronté aux guerres, tragédies et autres crises économiques mais qui reste, malgré tout, debout, vivant, résilient. Nuancé, clair, et intelligent, "Beyrouth malgré tout" est tout cela à la fois.
L’intranquille Monsieur Pessoa (Nicolas Barral, Editions Dargaud, 25€) : Jeune pigiste au Diaro de Lisbonne, Simao doit rédiger la nécrologie de Fernado Pessoa. Pour brosser un portrait authentique de l’écrivain, le journaliste part à la rencontres de personnes qui l’ont côtoyé. Une très belle bd, pleine de subtilité, dotée d’un sens du récit recherché et de couleurs où le marron (splendide) prédomine. Grand coup de coeur (et pour les amoureux de Lisbonne et/ou de littérature, c’est extra !)

Alison, à coups de pinceau (Lizzy Stewart, trad. de l’abglais par Nadia Aeberli, Editions Helvetiq, 24€) : Une merveille de roman graphique sur l’itinéraire d’une femme de province anglaise qui va découvrir l’art et les difficultés d’être une artiste et femme dans le microcosme londonien de la fin des années 70. Subtil, magnifiquement dessiné et dialogué, une ode à l’émancipation féminine. Gros gros coup de coeur !
Le seau, souvenirs dessinés d’une guerre (Koenraad Tine, trad. du néerlandais par Isabelle Rosselin, Editions du Seuil, 29€) : Plus qu’un roman graphique, une œuvre d’art ! L’artiste et sculpteur Koenraad Tinel revient sur son enfance au sein d’une famille de flamands nazis. Grâce à des dessins bruts à la puissance phénoménale et à un récit superbement écrit, "Le seau" est une expérience de lecture bouleversante.
Patchwork : une biographie en images de la créatrice d’Ernest et Célestine (Editions Daniel Maghen, 39€20) : Comment Monique Martin, l'artiste peintre, est-elle devenue Gabrielle Vincent, l'illustratrice d'une des plus belles, des plus touchantes collections de livres pour les enfants ? Peut-être parce que dessiner pour les enfants, dans les années 70 et 80, ce n'est pas très convenable quand on est une artiste reconnue et exposée dans les galeries bruxelloises. Ou plus certainement pour le plaisir de jouer, de surprendre, de s'amuser et de ne jamais se laisser dicter son art. Tendre, émouvant, cet hommage en images est superbe !
Alyte (Jérémie Moreau, Editions 2024, 28€) : Le dessinateur du remarquable "Les pizzlys" s’intéresse au destin d’un petit crapaud accoucheur, depuis son état de fragile têtard jusqu'à celui de révolutionnaire de la nature. Une fable animalière, entre poésie, philosophie et alerte écologique, avec des dessins aux couleurs éclatantes et une mise en page splendide.

Météores - Histoires de ceux qui ne font que passer (Jean-Christophe Deveney et Tommy Redolfi, Editions Delcourt, 35€10) : Dans ce roman graphique tout en nuances et subtilité, aucun personnage principal mais des personnages secondaires comme Gary, Casey, Charlie ou Hollie, qui vont et viennent au fil des pages, qui se croisent, dialoguent, s'ignorent pour nous raconter des trajectoires de vie pas forcément simples. Comme celle de Floyd, un gentil colosse un peu naïf qui aime le chant et a parfois des « blancs ». C’est aussi l’histoire de Hollie, une aide à domicile qui a du mal à communiquer avec son jeune fils. Celle d’Elijah, un adolescent cherchant sa place et voulant s’affirmer. On encore celle de Don, un mari aimant mais las de sa vie bien rangée… C’est la vie telle qu’on la vit et qu’on la ressent. C'est poétique, bouleversant, frémissant. Il y a de la tendresse dans chaque page et c'est un très très grand coup de coeur de cette fin d'année.
Le monde qui n’est pas (Frank Tashlin, trad. de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel, Editions du Sonneur, 16€50) : Livre culte aux États-Unis mais inédit en français, "Le Monde qui n’est pas" offre une brillante et désopilante satire de notre société, en racontant l’histoire de l’humanité à rebours, de notre époque au jardin d’Eden. Guerre, surpopulation, réchauffement climatique, hyper-consommation, règne de l’ego, de la voiture et de la malbouffe : tous nos travers contemporains sont passés au crible de ce roman graphique d’anthologie, aux dessins empreints de dérision et d’ironie mordantes. Un hymne à la décroissance, au retour à la nature – à l’humour ravageur et d’une incroyable modernité. A l'heure où Trump reprend la présidence des Etats-Unis, ce livre est une véritable pépite clairvoyante et si intelligente !
Globe-trotteuses – Le tour du monde de Nellie Bly et Elizabeth Bisland (Julian Voloj et Julie Rocheteau, Editions Dargaud, 29€) : A la fin du XIXe siècle, les journalistes et écrivaines Nelly Bly et Elizabeth Bisland se lancent dans un tour du monde avec l'objectif de l'accomplir en moins de quatre-vingts jours, afin de battre le record de Phileas Fogg, imaginé par Jules Verne. Elles s'affrontent dans cette course contre la montre, déterminées à déjouer les préjugés sexistes de l'époque. Une bd trépidante, pleine d'énergie et une réflexion passionnante sur la condition féminine. "Globe-trotteuses" saura plaire autant aux grands ados qu'aux adultes !

Ressources, un défi pour l’humanité (Philippe Bihouix et Vincent Perriot, Editions Casterman, 28€) : S'imaginant pilotes de vaisseau spatial dans le futur promis par les avancées high-tech des milliardaires de la Silicon Valley, les auteurs explorent les origines des idées écologistes et l'accélération de l'utilisation des ressources de la planète, défendant la nécessité d'une sobriété organisée afin de préserver la Terre. Dotée d'un dossier complémentaire sur les conséquences de l'extractivisme, cette bd documentaire apporte un contrepoint intéressant à la Bd "Un monde sans fin" de Blain et Jancovici. Salutaire, elle déconstruit le mythe de la corne d'abondance dans lequel nous enferment les gens de la tech (Elon Musk, Jeff Bezos...) et nous invite à utiliser des technologies douces, réparables et adaptables.
Les travailleurs de la mer (d’après Victor Hugo de Michel Durand, Editions Glénat, 35€15) : Le bateau à vapeur la Durande fait la liaison entre l'île de Guernesey et Saint-Malo, ce qui ne plaît pas à tout le monde. A des milles de la côte, le navire s'échoue sur un écueil par la machination criminelle de son capitaine. Son propriétaire veut alors récupérer son moteur par tous les moyens. Il propose la main de sa nièce à celui qui y parviendra… Un tour de force graphique qui reproduit le souffle grandiose du roman de Victor Hugo. Toute l'oeuvre est au trait à l'encre de chine. Très peu d'aplats, que des hachures de tout type pour exprimer les reliefs, les lumières et les mouvements. Fascinant !
L’escamoteur (Sébastien Goethals et Philippe Collin, Editions Futuropolis,26€) : Dans ce polar historique, les auteurs du "Voyage de Marcel Grob" et de "La patrie des frères Werner" nous plongent dans les années de plomb en France. Ils retracent une histoire d’Action Directe, en remontant des pistes familiales encore vives et en rencontrant les témoins. Gabriel Chahine est un galeriste d'origine libanaise, sympathisant des pensées d'extrême gauche. En rencontrant à Toulouse Jean-Marc Rouillan, futur cofondateur d'Action Directe, le courant passe immédiatement. Afin d'aider le mouvement en manque d'argent, Gabriel propose de voler "L'escamoteur", tableau de J. Bosch, alors exposé au musée municipal de Saint-Germain-en-Laye... Un récit nerveux, dense, dialogué, bref c'est passionnant !

Sur le front de Corée (Ortiz et Marchetti d'après le reportage de Henri de Turenne, Editions Dupuis, 25€) : Pour sa première expérience de correspondant de guerre, Henri de Turenne arpente pendant huit mois le front du conflit en Corée. Les premières semaines, il assiste à la déroute américaine et sud-coréenne face aux Nord-Coréens, soutenus par les Russes. Il rend compte ensuite du débarquement des GI dans la baie d'Inchon. Son reportage lui vaut le prix Albert Londres en 1951. C'est ce reportage que retracent les auteurs de cette bd passionnante qui rend hommage aux reporters de guerre qui risquent leur vie pour témoigner, pour documenter. Sur le front de Corée trouve un écho particulier dans l'actualité d'aujourd'hui et parle superbement de l'éthique journalistique à l'heure des fake news...
L'éternité béante (Etienne Klein, LF Bollée et Christian Durieux, Editions Futuropolis, 24€) : Par l'effet conjugué de divers paramètres, Etienne Klein se retrouve face à Albert Einstein dans le monde contemporain. Les deux hommes entament un road trip loufoque au cours duquel ils échangent leurs réflexions scientifiques et philosophiques à propos des grandes découvertes ou des événements qui ont eu lieu depuis la mort du physicien en 1955. Et si Etienne Klein et Albert Einstein se rencontraient, que se diraient-ils ? sur les découvertes passées et celles à venir ? Et que penserait Einstein de notre monde actuel ? Pour les passionnés de sciences, une bd savante, malicieuse et éclairante.
Deux amis sur mes épaules (Lee Suyeon, Editions du Seuil, 24€) : Toki, traumatisée par un événement survenu dans son enfance, grandit avec le sentiment d'avoir une panthère noire juchée sur ses épaules, parlant continuellement et isolant la jeune fille de son entourage. Devenue adulte, Toki tente de soigner petit à petit ses blessures et apprend à accepter les souffrances de son passé. Graphiquement superbe avec ces encres, ces transparences, ces lumières, ce roman graphique parle superbement de résilience... et joue très adroitement avec l'esprit de l'enfance (les humains sont représentés par des animaux) pour mieux les questionner. Coup de coeur.
