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La maison vide (Laurent Mauvignier. Editions de Minuit, 752 pages, 2€) : Le prix Goncourt 2025 est un roman dense, puissant, d’une richesse inouïe. Il faut se laisser emporter par cette immense fresque familiale, qui explore les non-dits et les traumatismes qui traversent les générations. En partant de quelques objets qui restent dans la maison de famille, Mauvignier redonne vie aux personnages de son arrière-grand-mère et de sa grand-mère, restitue les époques, recrée tous les mouvements du coeur, les blessures intimes, au gré de phrases longues, enveloppantes qui épousent toute la complexité des êtres et des existences. Un chef d’oeuvre.

Voyage voyage (Victor Pourchet, Gallimard, 192 pages, 20€) : Echappez-vous avec Marie et Orso, un couple qui fait face à une grosse déception et qui décide, pour briser sa peine, de partir sur les chemins de traverse, à travers les endroits les plus improbables de France. Un road-trip loufoque et poétique et une merveilleuse histoire d’amour. Une fraîcheur, drôlerie et une tendresse qui font du bien.

Les ombres du monde (Michel Bussi. Les presses de la Cité, 573 pages, 23€90) : Au cœur de cette fiction à l’intrigue implacable, la guerre du Rwanda et son cortège de blessures intimes. Remarquablement documenté, Michel Bussi, en grand maître du suspense, en tire un roman passionnant, aux multiples rebondissements, qui aide à comprendre la grande Histoire.

Légitime violence (Marc Dugain. Albin Michel, 247 pages, 22€) : S’inspirant librement du personnage de la Brinvilliers et de l’affaire des poisons qui secoua la cour de Louis XIV, Marc Dugain nous offre un roman brillant, empli de complots et intrigues qui met en lumière la condition des femmes à cette époque et la mécanique du pouvoir.

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Lequel de nous portera l’autre (Violaine Lison. Esperluète, 158 pages, 22€) : Violaine Lison reçut il y a une dizaine d’années d’un ami les carnets d’un brancardier de la Grande guerre, carnets conservés dans la famille précieusement. Frappée par la beauté de l’écriture de ce jeune homme, sensible à la beauté de la nature tout en étant horrifié par le désastre de cette guerre, l’autrice va alors tenter d’en savoir plus sur ce Léonce Delaunay et c’est une enquête pleine de découvertes surprenantes qui l’attend. Prenant conscience que le carnet est une copie faite par un ami de Léonce, elle va retrouver la plupart des originaux et repérer des discordances entre les deux versions, qui laissent entrevoir un secret.
En alternant les passages de Léonce et ses propres mots, Violaine Lison tisse un admirable récit dans lequel leurs deux voix se répondent à travers les époques. Superbe

Quitter la vallée (Renaud de Chaumaray, Gallimard, 206 pages, 20€) : Trois histoires se croisent, avec comme décor la vallée de la Vezère, au cœur du Périgord, haut-lieu de l’art rupestre : Clémence et son fils y fuient la violence d’un père ; Fabien, spéléologue amateur, emmène sa fille dans une grotte qu’il pense être le premier à découvrir; Guilhem, agriculteur à la vie dure rencontre une touriste.
Au cœur de ce lieu minéral, au passé millénaire, l’intrigue va relier ces histoires, dans un enchainement diabolique et totalement imprévisible.

Le Désir dans la cage (Alissa Wenz. Les Avrils, 288 pages, 22€10) : Un très joli livre qui retrace la vie de Mel Bonis, compositrice oubliée qui a croisé la route de Debussy, César Franck. Très tôt, la jeune Mélanie montre des dispositions exceptionnelles pour le piano et pourra rejoindre le conservatoire où, bien que femme, elle est acceptée en classe de composition. Elle signera ses premières œuvres d’un nom d’homme. Mais dans son milieu, en ce temps-là, une femme ne choisit pas, ni sa carrière, ni son mariage, et sa famille la contraindra à une union avec un riche industriel. Avec sensibilité, A. Wenz nous fait vivre le très beau parcours de Mel qui subit les conventions de l’époque mais ne renonça jamais à sa passion pour la musique.

Gabriel’s Moon (William Boyd. trad. de l’anglais par Isabelle Perrin, Seuil, 354 pages, 23€) : Gabriel Dax, écrivain voyageur, a l’occasion, un peu par hasard, d’interviewer Lumumba, lequel se sait menacé et lui dit connaître les commanditaires de ce meurtre annoncé. Quelques jours plus tard, celui-ci est en effet assassiné. Dès lors, ils seront plusieurs à vouloir récupérer les bandes du dernier enregistrement de l’homme politique.
C’est avec une douce ironie que William Boyd nous entraîne à la suite de son héros mélancolique, sensible et un rien désabusé, qui se voit embarqué malgré lui dans le jeu dangereux de l’espionnage. Loin des rebondissements spectaculaires, l’intrigue, feutrée, parsemée de faux-semblants et de trahisons, est parfaitement maitrisée. C’est fin, brillant, élégant. Du grand art !

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L’oreille absolue (Agnès Desarthe. Ed. de L’Olivier, 138 pages, 19€50) : Un très court roman qui pourtant fait scintiller les trajectoires de nombreux personnages, le temps d’une journée d’hiver, dans un village normand. Le lien ? Tous font partie de l’harmonie municipale. Et c’est tout l’art d’Agnès Desarthe de faire résonner les destins singuliers en une musique qui unit par-delà les différences. Un conte de Noël léger, joyeux, qui a la grâce.

La pommeraie (Peter Heller, trad. De l’anglais (E.U.) par Céline Leroy, Actes Sud, 258 pages, 22€50) : Faith, 6 ans, et sa mère, traductrice de poésie chinoise, quittent la ville et une carrière universitaire pour reprendre une pommeraie dans les montagnes du Vermont. Les conditions sont précaires mais leur cabane est pour elles un refuge et la petite fille s’y sent reine en son royaume.  Un pur joyau de délicatesse et de douceur sur le lien unique et magnifique d’une mère et sa fille, au coeur d’un paradis sauvage.

M comme Maraviglia (Aurora Tamigio, trad. de l’italien par Samuel Sfez, Calmann-Levy, 23€) : Dans cette grande saga historique qui traverse le vingtième siècle, nous ferons connaissance avec trois générations de femmes de la lignée des Maraviglia en Sicile. Il y a d’abord Rosa, femme de tempérament qui lutte seule pour subvenir aux besoins de ses enfants pendant la seconde guerre mondiale ; ensuite sa fille Selma, timide et effacée, puis ses propres filles aux trajectoires si différentes et pourtant tellement soudées.
Une fresque passionnante aux personnages intenses et attachants, en quête de liberté.

Les fleuves du ciel (Elif Shafak, trad. de l’anglais par Dominique Goy-Blanquet, Flammarion, 503 pages, 24€) : Du Londres de 1840 à la Turquie de 2014, d’un jeune imprimeur à une jeune fille yézidie, des rives de la Tamise à celles du Tigre, c’est à la richesse des sujets que se manifeste tout le talent de conteuse de Elif Shafak. Avec l’image de l’eau qui traverse le livre, la romancière turque entremêle plusieurs destins, lieux, époques pour aboutir à un roman ambitieux, généreux, profond sur l’amour et la perte, l’exil et la transmission.

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Le vieux qui lisait des romans d'amour (Luis Sepulveda, illustré par Joanna Concejo. Editions Tishina, 29€) : Coup de coeur pour cette superbe édition du texte majeur de l'écrivain chilien, Luis Sepulveda magnifié par les dessins à la mine de plomb et aux crayons de couleur de l'illustratrice Joanna Concejo qui rendent palpable l'Amazonie, la forêt luxuriante et l'ambiance onirique de cette fable humaniste sur la sauvagerie des hommes face à la nature. Et Antonio José Bolivar, simple, juste et tolérant, rare homme à respecter ce qui l'entoure et à ne pas chercher à l'asservir ou le tromper, est un personnage inoubliable. Splendide !

Ode à l'émerveillement (Caroline Pauwels. Illustrations et poèmes de Gerda Dendooven et Bart Moeyaert. Traduit du néerlandais par Guillaume Deneufbourg et Daniel Cunin. Editions Racine, 22€50) : Caroline Pauwels, ancienne rectrice de la VUB, lance un appel passionné pour que nous retrouvions le regard que, pendant l'enfance, nous posions sur le monde. Dans le domaine de la science, dans celui de l'art, mais aussi dans les petits et grands moments du quotidien. C'est un appel vibrant à cultiver la beauté et la curiosité, à retrouver la spontanéité de nos jeunes années. Ne jamais se blaser, retrouver l'innocence en ouvrant véritablement les yeux, en parlant à l'autre, en approfondissant réellement un sujet, en posant des questions, tels sont les conseils à la fois légers et joyeux de ce petit ouvrage précieux.

L’incident d’Helsinki (Anna Pitoniak, trad. de l’anglais (E.U.) par Jean Esch , Gallimard, Série Noire, 428 pages, 21€) : Un individu se présentant comme un officier du GRU (service de renseignement russe) débarque à l’ambassade des Etats-Unis à Rome et avertit du meurtre prochain d’un sénateur américain. Le lendemain, au Caire, ce dernier meurt d’un arrêt cardiaque assez suspect. Amanda Cole, agent de la CIA, récupère alors les dossiers du défunt évoquant la mainmise de Moscou sur les mouvements boursiers. Autre élément troublant : le nom de son propre père y apparaît également
Pour les amateurs d’intrigues complexes à double ou triple tiroir, cet excellent roman d’espionnage avec ce qu’il faut de complots, assassinats, doubles jeux, ausculte les ramifications insoupçonnées du monde de la finance sur la géopolitique.

Cache-Cache (Soren Sveistrup, trad. du danois par Caroline Berg, Albin Michel, 25€): Ça commence par une innocente et mystérieuse comptine : “Un deux, on va jouer à un jeu”. La suite se révélera moins joyeuse, voire tout à fait effrayante. Le jeu de cache-cache prendra des allures macabres et le duo d’inspecteurs, dans un contre la montre éperdu pour sauver une victime, fera face à une enquête à haut risque.
Un thriller pour les amateurs de sensations fortes, angoissant mais addictif en diable.

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La station (Jakub Szamalek, trad. du polonais par Kamil Barbarski, Métailié, 23€) : Lucy se prépare à embarquer sur la fusée Soyouz avec ses deux collègues russes pour rejoindre la station spatiale internationale, créée dans l’optimisme du dégel des relations est-ouest après la guerre froide. Le séjour sur la station est millimetré, il n’y a pas de temps morts, d’espaces de liberté, d’improvisations. Mais une hausse du taux d’ammoniaque à l’origine inexpliquée va dérégler cette belle mécanique et faire encourir aux astronautes un danger mortel.
Un huis clos implacable, très vraisemblable et réaliste, au coeur de cette station spatiale, où les incidents se multiplient, les tensions montent, les soupçons aussi, révélateurs des tensions géopolitiques de notre époque. Passionnant et éclairant.

Baignades (Andrée A. Michaud. Rivages, 237 pages, 21€) : Tout commence pourtant bien pour Max, Laurence et leur fille Charlie dans ce camping au bord du lac. Mais après un événement anodin, ce séjour idyllique vire peu à peu au cauchemar. Des années plus tard, lors de retrouvailles familiales, le passé ressurgira ...
On retrouve dans ce roman tout l’art de la romancière québécoise pour faire monter l’angoisse et l’étrangeté.

La cinquième femme (Maria Fagyas, trad. de l’anglais par MArie-Caroline Aubert, Gallimard, Série Noire, 14€) :Paru initialement en 1964, ce roman nous mène au coeur de l’insurrection en Hongrie à l’automne 56. Les émeutes et leurs terribles répressions plongent les rues de Budapest en plein chaos. Les cadavres jonchent les rues et il faut l’oeil exercé de l’inspecteur Nemetz pour aviser le corps d’une femme menacée venue au commissariat peu de temps auparavant. Cet enquêteur solitaire, bourru et néanmoins humain, voudra retrouver coûte que coûte l’assassin de cette femme, malgré la répression dramatique qui fait rage à Budapest. Une pépite restituée aujourd’hui dans sa version intégrale.