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Anna Burns, trad. de l'anglais par Jakuta Alikavazovic
Joelle Losfeld, 352 p., 22 €

milkmanIrlande du Nord,  dans les années 70, années de troubles et de violences,  les femmes à peine mariées sont veuves, tout emblème du pays ennemi peut vous valoir la mort. La narratrice, jeune fille de 18 ans, a la manie bizarro-louche de lire en marchant, surtout des romans du XIXe , dans l'espoir d'échapper à l'atmosphère lourde de cette société ou l'on est sans cesse observé et jugé. Mais pour son malheur, bien que faisant tout pour passer le plus inaperçue, le "laitier", qui n'a de laitier que de nom et est en fait un combattant haut placé, commence à s'intéresser à elle, et cet intérêt se fait de plus en plus pressant, menaçant.
Avec une inventivité stylistique ébouriffante, qui jaillit dans un flot continu de longues phrases qui épousent chaque infime impression de l'intériorité, Anne Burns restitue à merveille le climat sous tension de Belfast, l'angoisse sourde, le poids de la rumeur et du harcèlement, dans ce livre exigeant et profondément original.

Man Booker Prize 2019 à l'unanimité, récompense attribuée pour la première fois à un auteur nord-irlandais.

Andrei Makine
Grasset, 216 p., 18€

makine amiLe narrateur (double de l'auteur) replonge dans ses années d'adolescence quand, pensionnaire d'un orphelinat en Sibérie, il prit sous son aile Vardan, un garçon chétif, bouc émissaire parmi ses camarades de classe brutaux . Il est issu d'une petite communauté arménienne, persécutée dans cette URSS des années 70, installée dans cette contrée rude et inhospitalière, car certains de leurs proches sont emprisonnés dans la prison de la ville, en attente de leur jugement.
Makine évoque avec beaucoup de nostalgie et de retenue cet ami qui, bien que plus faible physiquement, lui a permis de regarder la vie d'une autre manière, plus libre, plus riche. Avec subtilité, il évoque en filigrane cette communauté qui, avec trois fois rien, recrée un bout d'Arménie dans leurs masures délabrées.
C'est à notre avis, un des plus beaux livres d'Andreï Makine, d'une langue d'un superbe classicisme, vibrante d'émotions et d'humanité.

Maggie Nelson, trad. de l'anglais par Céline Leroy et Julia Deck
Editions du Sous-sol

"Je la dévisage,

nos pensées gelées ensemble

au sommet d'une vague

qui vire au blanc-froid, s'enroule

et retombe dans le vert éclatant.

Quand j'ai commencé à regarder Jane,

elle était beaucoup plus âgée que moi.

Comme son visage me paraît étrange à présent

agrandi sur cet écran granuleux,

à présent qu'elle n'aura jamais plus

que vingt-trois ans"

janeunmeurtreSDans ce volume double face, deux textes sont regroupés : Jane, un meurtre et Une partie rouge. L'un et l'autre retracent l'obsession à la fois personnelle et poétique de l'autrice, Maggie Nelson, pour une figure familiale, celle de sa tante, morte assassinée en 1969.

Ecrit il y a une quinzaine d'années, Jane un meurtre, est composé de poèmes, collages, extraits de journal intime, conversations, article de presse où chacune des formes utilisées dessine une trame narrative saisissante. Elles évoquent tout à la fois l'enquête elle-même, le caractère de sa tante (libre et intelligente), la violence faite aux femmes et constituent une réflexion puissante sur le vide, le deuil et comment le langage tente de s'y confronter.

Une partie rouge raconte, pour sa part, le procès de Gary Earl Leiterman, meurtrier présumé de la tante de Maggie Nelson après une enquête ADN menée trente-cinq ans après les faits et ayant conduit à la réouverture du dossier. Il mêle récit, notations intimes, réflexion philosophique et critique, autobiographie, éléments d’enquête... Si le livre à pour objet ce procès qui s’ouvre, l’autrice nous parle essentiellement de cette place à jamais vacante laissée par cette tante qu’elle n’a pas connue, mais dont le fantôme se retrouve partout, à la fois dans sa vie, ses souvenirs, ses réflexions et dans son rapport au langage.

Maggie Nelson bouscule les genres, croise les formes et c'est absolument brillant. Un livre fascinant et singulier.

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