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Anne Berest
Grasset, 502 pages, 24€

cartepostalesiteDans La carte postale, Anne Berest retrace l'histoire de sa famille maternelle et plus particulièrement celle de sa grand-mère, Myriam, la seule à avoir échappé à la déportation tandis que ses parents, son frère et sa soeur ne reviendront pas des camps de la mort. C'est une étrange carte postale arrivée un matin de décembre 2003 dans la boîte aux lettres de Lélia, la mère de l'autrice, qui, la première, va éveiller la curiosité de la jeune Anne. La carte n'est pas signée et ne comporte rien d'autre que quatre prénoms : Ephraïm, Emma, Noémie et Jacques. Ce sont les grands-parents, grand-oncle et grand-tante maternels de Lélia dont on ne parle jamais. Tous sont morts à Auschwitz en 1942. Seule Myriam, l'aînée de la fratrie a survécu à la Shoah. Il faudra encore attendre vingt ans avant qu'Anne Berest ne décide de s'intéresser au parcours de sa grand-mère et surtout à cette carte pour le moins intrigante. Qui l'a envoyée ? Dans quel but ? Epaulée par Lélia qui a rassemblé de nombreux documents sur sa famille maternelle, Anne Berest se lance dans une enquête minutieuse qui la fera remonter aux origines de cette famille au destin souvent tragique.

Rendez-vous incontournable de votre été, notre sélection estivale de livres de poche est de retour.

Romans, polar, recits historiques, essais,... Nos coups de coeur vont rythmer votre été.

pochesete

 

Découvrez toute notre sélection ci-dessous

Cinzia Leone, trad. de l'italien par Marianne Faurobert
Liana Levi, 545 pages, 23€

viesderobeesSQui est-on vraiment ? Comment peut-on se définir ? A quelle famille appartient-on ? Quelles sont nos racines et à quel point influencent-elles nos vies ? Voilà autant de questions auxquelles nous confronte le roman de Cinzia Leone à travers trois récits sur des époques différentes. Tout commence par une nuit tragique, à Jaffa, en 1936. Les Juifs de la ville sont traqués dans les rues, certains sont assassinés dans leur maison. Parmi eux, Avraham, un marchand réputé, son épouse Myriam et leur fillette, victimes innocentes d'une révolte sanglante. Cette nuit-là, dans l'appartement du dessus, Ibrahim, l'associé musulman d'Avraham, sa femme Miriam et leur petite fille n'interviennent pas. Pire, Ibrahim voit là une opportunité ! Lui l'entrepreneur raté qui fuit les dettes et le déshonneur était jaloux de la réussite de son patron. En y regardant bien, il lui ressemble un peu et sa femme porte le même prénom, leurs filles ont le même âge. Ibrahim s'introduit chez son ami, lui dérobe un important contrat et décide de refaire sa vie loin de Jaffa, sous une nouvelle identité. Il sera désormais Avraham, un riche négociant juif à qui tout réussi. Mais cet acte impulsif ne sera pas sans conséquences pour les générations futures. Car changer son destin n'est pas chose facile.

Keith McCafferty, trad. de l'anglais par Marc Boulet
Gallmeister, 485 pages, 25€20

crazymountainsVoici les nouvelles aventures de Sean Stranahan, artiste, guide de pêche à la mouche et aussi détective privé à ses heures dont nous avons pu suivre les trois premières enquêtes dans Meurtres sur la Madison, Les morts de Bear Creek et La Vénus de Botticelli Creek. C'est la shérif Martha Ettinger avec laquelle il a déjà collaboré qui lui demande d'intervenir dans une enquête assez surprenante. Le corps d'une jeune fille disparue depuis plusieurs mois a été retrouvé coincé dans le conduit de cheminée d'un bungalow de location, l'autopsie révèle qu'elle est morte peu de temps auparavant. Comment s'est-elle retrouvée là ? Où était-elle pendant ces longs mois d'absence ? Avait-elle fugué avec un jeune employé du ranch de sa mère, lui aussi introuvable ? Autant de questions auxquelles la petite équipe du shérif devra répondre. Or, au coeur du Montana, les effectifs et les moyens sont réduits. Stranahan est donc engagé par la mère de la victime, ancienne star du rodéo et aujourd'hui à la tête d'un ranch florissant. Le détective privé est prêt à tout pour découvrir la vérité. Un polar bien ficelé où l'intrigue magistralement menée se mêle aux paysages sauvages du Montana.

 Actessud

La rivière  est un formidable roman d'aventure au coeur des grands espaces du Nord canadien. Wynn et Jack, deux amis, font une descente en canoë dans le nord du Canada lorsqu'un terrible incendie embrasse la forêt environnante. Leur paisible aventure dans les magnifiques paysages de la région se transforme en course contre la montre. Ce n'est que le début de leurs déconvenues... Peter Heller réussit à mêler suspense et poésie, ode à la nature et hommage à des hommes courageux.

Egidius Arimond, professeur de latin écarté de l'enseignement par les nazis en raison de son épilepsie, se consacre dorénavant à ses abeilles. Certaines nuits, cependant, Egidius brave le danger pour faire passer des juifs en Belgique, sous prétexte de s'occuper de ses ruches qui se trouvent à la frontière... Les abeilles d'hiver est l'histoire d'un héros ordinaire qui, à sa mesure, se bat contre la fureur dévastatrice de l'histoire

Peter Heller est  traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy et Norbert Scheuer de l'allemand par Marie-Claude Auger.

Nicole Krauss, trad. de l'anglais par Paule Guivarch
L'Olivier, 272 p., 22€50

etreunhommeTraversant les lieux (Les États-Unis, la Suisse, Israël, le Japon), le dernier ouvrage de Nicole Krauss, un recueil composé de dix nouvelles, se penche sur la manière dont nous sommes reliés aux autres, à notre solitude, à la famille et à l’Histoire.
« Endormie dans l’appartement de mon père. Je rêve qu’il y a quelqu’un à la porte. C’est lui, il a trois ans, quatre peut-être. Il pleure, j’ignore pourquoi, je sais seulement qu’il est horriblement déçu. J’essaie de le distraire en lui montrant un album rempli de magnifiques illustrations aux couleurs bien plus vives que dans la réalité. Il y jette un regard mais continue de pleurer. Dans ses yeux, je vois que tout est déjà décidé. Alors je le soulève et le promène sur ma hanche. Ce n’est pas facile mais c’est ainsi, parce qu’il est complètement bouleversé, ce minuscule père-enfant. » Comment vivons-nous avec le poids des souvenirs, même ceux qui ne nous appartiennent pas ? Comment fait-on pour s’opposer au passé, à son poids, à l’héritage ? Comment doit-on vivre ? Comment peut-on vivre ? Quelle est cette personne qu’on pensait connaître ? Pourquoi l’inconnu, l’inédit nous rappelle, malgré tout, quelque chose ? Un sentiment diffus, un mystère, une histoire ?
Dans « Je dors mais mon coeur veille », il y a cette femme qui voit s’installer dans l’ancien appartement de son père récemment disparu, un inconnu. Malgré l’incertitude, elle ne le chassera pas. Dans « En Suisse », la narratrice se rappelle son amitié avec une jeune fille aux désirs de fuite et d’interdit. Il faudra des années pour qu’elle ressente le bouleversement qu’un tel évènement a fait éclater en elle.
La naissance et la mort, la joie et le deuil, l’amour, les ruptures, chacun de ces thèmes animent ces nouvelles et Nicole Krauss leur donne une énergie, une grâce, une intériorité sans cesse renouvelées. C’est troublant de beauté et magistralement habité. Il faut voir comment l’autrice de Forêt obscure travaille l’ouverture et la conclusion de ses dix histoires. C’est un recueil de nouvelles mais c’est aussi, grâce à sa construction et son intelligence, un grand roman. Un livre d’âme. Partout, dans les mots et les silences. Quelque chose s’élève, hante et terrasse de la plus belle manière qui soit.
Comme dans « Voir Ershadi » ou une danseuse de ballet vit une véritable épiphanie après avoir regardé le film Le goût de la cerise où joue un acteur iranien, Ershadi. Le visage de ce comédien la poursuivra longtemps et la narratrice ne s’en remettra jamais, comme on ne se remet jamais d’un véritable amour….
Lire Nicole Krauss, c’est être convaincu que quelque chose s’est passé. Une vision, une profondeur, une réflexion. Il y a dans ses pages une exactitude, un accent, qui, après les avoir lues, ne laissent pas le lecteur tout à fait pareil à lui-même.

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